Le siège de l’Agence européenne des douanes s’installera dans la Capitale des Flandres, accompagné de 500 fonctionnaires qui viendront enrichir la ville. La bataille finale opposait la France à l’Italie.
C’est la joie dans le camp français à Bruxelles : Lille a remporté la compétition pour obtenir le futur siège de l’Agence européenne des douanes. L’EUCA (pour European Union Customs Authority, NDLR) faisait saliver huit concurrents.
La finale s’est déroulée contre Rome, les deux villes étant apparues comme les derniers choix des parlementaires et du Conseil. Il a fallu ensuite quatre tours de vote avant que Lille ne s’impose, avec un total de 36 voix (sur 54). La cité nordiste accueillera ainsi cinq cents familles avec des revenus intéressants. « Les douanes françaises possèdent une très longue et solide histoire d’excellence, a commenté l’eurodéputé néerlandais Dirk Gotink, rapporteur de la grande réforme de l’Union douanière qui arrive, demain, à son terme avec l’ultime trilogue entre le Parlement européen et le Conseil. J’ai visité Lille personnellement : ils sont extrêmement bien préparés pour accueillir cette agence. »
Neuf ans de loyer pris en charge par la France
L’argument massue tenait en un chiffre : il suffit de trente-cinq minutes de TGV aux Lillois pour rejoindre Bruxelles, le cœur des institutions européennes. Pour un directeur d’agence qui devra voir régulièrement la direction générale de la fiscalité et de l’Union douanière (DG TAXUD), le Conseil, le Parlement ou même l’Olaf (l’agence antifraude), c’est décisif. Pas d’avion, pas de nuitées systématiques, un aller-retour dans la journée… Rome avait certes le soleil, mais bonjour les heures d’attente à l’aéroport.
Bref, la candidature de Lille (Nord) repose sur l’idée d’une agence quasiment « branchée » sur le quartier européen, comme on dit du côté français. La cité lilloise ajoute à cet argument de proximité un paquet-cadeau qui ne fait pas dans la demi-mesure : l’immeuble Agora (8 748 mètres carrés), doté d’une capacité théorique de 987 postes, est flambant neuf, taillé pour l’informatique intensive et les données sensibles.
Le tout est assorti d’une offre financière en espèces sonnantes et trébuchantes : le loyer mensuel de 239 924 euros, la maintenance, l’aménagement seront intégralement pris en charge par la France pendant neuf ans. Résultat : au lancement, le coût immobilier pour le budget de l’Union européenne (UE) frôle le zéro absolu.
Les Italiens déçus
Ajoutez à cela l’écosystème propre à la capitale du Nord : une école européenne, des crèches bilingues, un maillage hospitalier dense, l’accessibilité ferroviaire et aérienne tous azimuts. Bref, une solution « plug and play » qui ne demande qu’à fonctionner.
Les Italiens alignaient, en face, un bâtiment de 10 000 mètres carrés, capable d’accueillir cinq cents agents. Il a été acheté par l’État italien qui assure indéfiniment le loyer, la maintenance et l’aménagement. Pas de limite de durée affichée. À long terme, c’était spectaculaire ! Rome vendait en plus la grande capitale politique, le hub international, les écoles étrangères déjà installées.
La douane doit sortir du Moyen Âge
Mais cela n’a pas suffi face à l’aspect pratique de Lille, par ailleurs plus aisément connectée avec les grands ports d’Anvers et Rotterdam, qui seront au cœur de la grande réforme de l’Union douanière. Car c’est principalement l’enjeu : passer de la vieille douane de papa des coups de tampons à une maîtrise informatique des énormes données guidées par l’IA pour des contrôles plus précis.
Lille a donc vocation, via l’EUCA, à abriter cette plateforme européenne unique de données douanières. L’idée est de centraliser, standardiser, exploiter en temps réel des informations aujourd’hui éclatées entre systèmes nationaux, voire régionaux (comme en Allemagne).
Moins de contrôles « au hasard », plus de ciblage, une meilleure détection des fraudes et des produits dangereux, une capacité à gérer les torrents de marchandises sans multiplier les files d’attente et les angles morts… Le sujet n’est par ailleurs pas si éloigné de l’accord avec le Mercosur ou l’Inde : la douane de demain sera plus efficace pour les contrôles phytosanitaires si on sait se doter des bons outils.
L’Autorité européenne des douanes, conçue pour piloter cette nouvelle architecture, fixera des méthodes communes, et donnera un centre de gravité à une politique qui reste aujourd’hui largement nationale dans ses réflexes en dépit de la proclamation de l’Union douanière en 1968.
La souveraineté douanière à partager
À cette date, l’Europe avait certes créé un tarif commun mais on en est resté là. Depuis cinquante-six ans, plus personne n’a mis les mains dans le moteur, lequel est désormais sérieusement encrassé, ou du moins engorgé.
« La quantité de données est telle que les serveurs d’aujourd’hui partiraient en fumée », indique une source proche du dossier. « Or, on ne sait pas si une entreprise européenne sait le faire du cloud à cette échelle-là. En tout cas, la Commission a des doutes », confie un diplomate européen. L’enjeu est transparent : on veut une souveraineté douanière par le numérique, mais on ne veut pas qu’elle repose sur une dépendance numérique, par exemple aux Américains.

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