Le chef de gouvernement albanais est le plus pro-Trump des dirigeants européens. Guerre en Iran, élargissement de l’UE, relations avec la famille Kushner… il a reçu « Le Point » dans son bureau de Tirana pour un entretien fleuve et décapant.
« Rama va-t’en ! » scandent en ce lundi printanier plusieurs centaines de manifestants armés de tambours et de fumigènes, non loin des bureaux du Premier ministre, Edi Rama, le dirigeant socialiste d’Albanie réélu pour la quatrième fois avec plus de 53 % des voix en mai dernier. « Pas de gouvernement corrompu, oui à l’Albanie européenne ! » martèlent-ils. Ce mouvement de contestation dure depuis quelques semaines, mais il peine à prendre de l’ampleur.
Pour Edi Rama, il est avant tout la preuve éclatante du dynamisme démocratique. Dans les années 1990, le charismatique Premier ministre de ce pays des Balkans de près de 2,7 millions d’habitants résidait à la Cité internationale des arts de Paris en tant… qu’artiste peintre. D’abord ministre de la Culture, puis maire de la capitale albanaise Tirana, il préside désormais depuis 2013 aux destinées de cette ancienne dictature communiste avec détermination et pragmatisme, promenant dans les sommets diplomatiques sa haute et reconnaissable stature d’ancien basketteur (il mesure plus de 2 mètres).
« À propos de l’Albanie, deux noms ressortent : Ismail Kadaré, notre plus fameux écrivain, et Edi Rama », livrait récemment un diplomate local, ajoutant que « parfois, être un petit pays doté d’un grand dirigeant à tous points de vue, ça nous arrange ». Faisait-il référence à la tribune du sommet d’inauguration du nouveau Conseil de la paix concocté par Donald Trump en février, où Edi Rama trônait juste derrière le président américain ?
Très habile, ce dirigeant européen d’un pays membre de l’Otan depuis 2009 est foncièrement proaméricain… mais aussi farouchement européen. Depuis longtemps, Edi Rama sait se rendre utile auprès de Washington – en acceptant, par exemple, d’accueillir sur son sol la seule base au monde des Moudjahidines du peuple (MEK), un groupe d’opposants iraniens au régime des mollahs, tout en ne cessant de prôner la nécessité d’une Europe unie dont Tirana voudrait absolument faire partie, et ce, le plus vite possible, même si le processus d’adhésion, exigeant, est en cours depuis vingt-trois ans.
Dans son bureau du centre de Tirana aux murs décorés de ses propres dessins, Edi Rama nous reçoit pour un entretien sans langue de bois et en français.
Le Point : Dans la guerre entre la coalition américano-israélienne et l’Iran, alors que la plupart des capitales européennes plaident pour une désescalade immédiate, pourquoi soutenez-vous la ligne dure de Washington ?
Edi Rama : Je n’ai pas choisi de prendre une position radicalement différente des autres pays européens, mais l’Albanie a une histoire récente très particulière avec le régime d’assassins au pouvoir à Téhéran. Aujourd’hui, l’Albanie est un des rares pays à ne pas avoir de relations diplomatiques avec l’Iran.
Votre pays a fait l’objet d’une cyberattaque iranienne en 2022…
Oui. Les agresseurs appartiennent à un groupe classé dans le top 10 mondial du cyberterrorisme. Après cette cyberattaque, nous avons pris la décision de couper toute relation avec l’Iran. Cette agression a eu lieu parce qu’on héberge un groupe d’opposants iraniens.
Il ne faut jamais demander à un Albanais s’il redoute quelque chose.
Vous hébergez une base d’entraînement et de logistique des Moudjahidines du peuple iranien, qui abrite environ 3 000 personnes. C’est le seul sanctuaire au monde de ce groupe d’opposition au régime des mollahs qui, en 2002, a révélé l’existence du programme nucléaire secret de l’Iran. Téhéran vient de qualifier cette base de cible légitime pour ses missiles. Redoutez-vous des attaques sur votre sol ?
Il ne faut jamais demander à un Albanais s’il redoute quelque chose. On ne redoute rien. Pendant la Seconde Guerre mondiale, personne ne voulait des Juifs. Ce pays, même très pauvre et de majorité musulmane, est devenu leur sanctuaire. L’Albanie est entrée dans l’histoire comme le seul pays européen à sortir du conflit avec davantage de Juifs qu’au début de la guerre. Ils s’enfuyaient de partout sauf d’Albanie, où, au contraire, ils arrivaient. Pendant cette période, la population juive d’Albanie a été multipliée par vingt. Parce que les Albanais ne redoutent rien.
Vous avez accueilli cette organisation d’opposition au régime iranien parce que les États-Unis vous ont demandé ce service et que personne n’en voulait…
On les a accueillis pour des raisons purement humanitaires. Avant, ils se trouvaient dans le camp Liberty en Irak, où ils étaient la cible des services iraniens.
Les États-Unis vous ont-ils demandé de les accueillir ?
Les États-Unis nous l’ont demandé, et on a dit oui. Mais personne ne voulait non plus des Afghans après la catastrophe de l’abandon de l’Afghanistan, en 2021. Ici, on en a hébergé plus de 4 000, quand tout le monde leur avait tourné le dos. Il s’agissait de personnes qui avaient servi nos missions ; des femmes, des universitaires, des youtubeurs qui ont cru au miracle de la démocratie, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Quand les Américains ont dit « on va en Afghanistan », nous y sommes allés, comme plein d’autres. Puis on est partis parce que les Américains sont partis. Après, on a dit « on ne va pas leur tourner le dos ». Donc les Afghans sont venus ici. L’Albanie vit avec, gravé dans son esprit, le Code des Albanais du Moyen Âge, notre première loi écrite. Un article de cette loi dit que pour un Albanais, le plus important c’est « ton dieu et ton hôte ». Ça signifie que si vous êtes notre hôte, on vous protège.
Attaquer un pays de l’Otan, ce n’est pas quelque chose de simple.
Vous ne craignez rien qui pourrait provenir du régime actuel en Iran qui continue à proférer des menaces contre cette base ?
On est membre de l’Otan. Attaquer un de ses pays, ce n’est pas quelque chose de simple. On est protégés. J’ai mentionné la Turquie qui possède ses propres capacités antimissiles antiaériennes mais qui, tout de même, a été défendue par l’Otan.
Revenons à la situation de l’Albanie par rapport à l’Europe. N’avez-vous pas l’impression qu’en soutenant la ligne dure de Washington vous piégez votre pays dans un engrenage qui pourrait devenir incontrôlable ?
Je ne pense pas. Premièrement, parce qu’il n’y a pas de position alignée entre tous les pays européens. Deuxièmement, parce que notre position s’applique à un pays dont l’inimitié a été déclarée par eux et pas par nous. Troisièmement, parce que l’Albanie a une expérience récente de la dictature, qui n’était pas une théocratie mais une « athéocratie ».
Une « athéocratie » ?
L’Albanie a été le seul pays en Europe, et peut-être dans le monde, à intégrer dans sa Constitution la nature athée de sa République… Pas laïque mais athée, ce qui voulait dire que chaque expression de la religion, même via une bible, pouvait mener en prison. La Bible était considérée comme une arme. Dans certains cas, les extrêmes se retrouvent, et j’ai trouvé choquant, alors que des dizaines de milliers de citoyens iraniens se faisaient tuer comme des chiens dans les rues de Téhéran, que presque personne en Europe n’ait rien dit.
Emmanuel Macron a dit qu’il ne peut y avoir de changement de régime sous les bombes. Le fils de l’ayatollah Khamenei, Mojtaba Khamenei, vient d’être nommé. Le régime iranien n’est pas tombé. En vous alignant sur la position américaine, n’êtes-vous pas sur une ligne différente de celle de l’Union européenne ?
D’abord, il n’y a pas une seule ligne de l’Union européenne. Deuxièmement, le président de la République française est président d’une très grande République. Moi, je suis le Premier ministre d’un très petit pays. Je ne parle pas de changement de régime. Je parle de la nécessité absolue de rendre ce régime incapable d’agresser ses voisins.
Avez-vous l’impression que la coalition israélo-américaine agit de façon efficace ?
Absolument.
Si le Parlement européen votait une résolution condamnant l’offensive, l’Albanie pourrait-elle apparaître comme le mouton noir des candidats à l’Union européenne ?
L’Albanie n’est pas membre du Parlement européen. Elle est un pays candidat, qui est en train de négocier avec l’Union européenne. Et, je le répète, l’Union européenne n’a pas une ligne formalisée à propos de ce conflit. Par ailleurs, ce n’est pas contradictoire.
En juin 2025, à l’occasion du salon de l’aéronautique du Bourget, vous avez acheté un système radar français fabriqué par Thalès, le GM400 Alpha, qui ne vous a pas encore été livré. Pour la sécurité stratégique de l’Albanie, refusez-vous l’exclusivité américaine, alors que vous vous fournissiez auparavant chez Lockheed Martin ?
On a l’obligation de suivre les grands pays. Quand tu es le Premier ministre de l’Albanie, tu as le privilège de côtoyer tous les grands de ce monde, mais pas le poids de décider du destin du monde… Ce sont eux qui décident, et toi, tu suis. S’ils ont raison et qu’un succès advient, tu peux dire : « J’en fais partie ». Mais s’ils ont tort et qu’ils font quelque chose de « fucked up », alors tu peux dire que c’est de leur faute !
Allez-vous acheter européen pour le reste de votre défense ?
On va acheter européen, israélien, américain, bien sûr. On va acheter tout ce qu’il faut.
L’île de Sazan a toujours été un site privilégié pour la défense et la surveillance de votre côte. Or, vous êtes en train de la privatiser au profit des projets immobiliers de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, ce qui fait couler beaucoup d’encre…
Dans le monde d’aujourd’hui, tu peux dire la vérité, mais le mensonge sera toujours plus attractif… On n’a jamais parlé de privatisation de l’île de Sazan. On ne va pas la privatiser. En tant qu’État albanais, on sera partenaire de cette magnifique initiative.
La zone d’exclusion militaire sur l’île sera-t-elle maintenue ?
Il n’y a plus d’exclusion militaire sur l’île depuis très longtemps. Aujourd’hui, l’Albanie est une démocratie ; on n’a pas besoin de cette île comme d’un poste stratégique militaire. Il subsistera une activité de radar minime, presque invisible, et le reste sera très bon. C’est un projet à deux facettes : l’île et la péninsule. C’est un cadeau que l’Albanie va faire à l’Europe.
Quels sont les liens de l’Albanie avec Jared Kushner ?
Quand Jared Kushner est venu en Albanie avec son épouse, son beau-père avait 50 % de chance de faire la prison et/ou de revenir à Maison-Blanche. Et peu de gens pouvaient parier sur son retour à la Maison-Blanche ! J’ai d’abord accueilli ce couple parce qu’ils sont américains. Si vous êtes américain et que vous arrivez en Albanie, vous êtes toujours bien accueilli. Pareil si vous êtes français. Deuxièmement, je l’ai trouvé formidable.
En quoi ?
Sur le plan humain, il est formidable. Je dis toujours que si les gens connaissaient Jared et Ivanka personnellement, ils tomberaient sous le charme de leur humilité, de leur éducation, de leur simplicité.
On parle du gendre du président des États-Unis…
J’ai grandi sous le communisme, le gendre de celui-là, le père de celui-là, le fils de celui-là… pour moi, c’est la personne qui compte ! Il pourrait être le genre de Maduro, si c’est quelqu’un qui est humainement bien et qui n’a rien à voir avec son beau-père, alors c’est quelqu’un de bien. Mais Jared et Ivanka, ils sont formidables ! Leur projet est un projet de la nouvelle génération du tourisme, complètement tourné vers la nature.
Une grande organisation environnementale est contre…
Les organisations environnementales sont nées pour être contre tous les projets ! Elles nous aident à être attentifs, à peaufiner nos analyses, et c’est important, mais chacun doit rester à sa place. Un groupe d’architectes formidables, dont fait partie Jean Nouvel, participe à ce projet.
Trump n’a peut-être n’a pas créé son Conseil de la paix pour réinventer l’ONU, mais l’effet est le même !
Le 19 février, vous étiez à Washington pour le Conseil de la paix de Donald Trump, dont vous étiez même invité d’honneur. Pourquoi avez-vous décidé de devenir l’un des piliers de ce projet ?
L’Albanie n’a aucune relation avec la Russie. Elle est le seul pays européen qui n’a jamais eu une visite de haut niveau de Moscou depuis 1960. La Russie politique ne nous manque pas. Quant à la Russie culturelle, littéraire, musicale, qui est géniale, elle est dans nos bibliothèques. Cependant, je trouve perturbant que l’Europe n’ait pas parlé avec la Russie pendant toute la guerre en Ukraine. Je trouve perturbant que l’Europe ne réussisse pas à accompagner les armes qu’elle envoie à l’Ukraine par une parole diplomatique.
Je vous pose une question sur les États-Unis et vous me répondez sur la Russie. Vous ne voulez pas me parler des États-Unis ? Pourquoi évoquez-vous Vladimir Poutine dès que je vous parle de Donald Trump ?
Poutine a réinventé l’Europe, il a réinventé les relations entre l’Europe et l’idée de l’élargissement, il a réinventé l’Otan comme une force nécessaire en attaquant l’Ukraine. Trump n’a peut-être n’a pas créé son Conseil de la paix pour réinventer l’ONU, mais l’effet est le même ! J’ai été invité à Washington par le président des États-Unis pour une initiative qui met autour de la table des gens qui représentent leurs pays. Imaginez que je dise non ! Ce serait de la folie.
Dans votre discours de quatre minutes à la tribune, vous avez qualifié l’ONU de « géant à l’agonie », ce qui a beaucoup plu à Donald Trump…
C’est vrai, mais je ne l’ai pas fait pour plaire à Donald Trump. Et j’espère que ce qu’il fait aidera l’ONU à se réveiller. Tout le monde dit la même chose que moi à propos de l’ONU ! Je ne connais pas un leader international qui ne lâche pas un « pff » quand il se rend à l’Assemblée générale de l’ONU (il fait des grimaces).
À ce point-là ?
Mais bien sûr ! Bon, je ne dis pas qu’il faut démanteler l’ONU… Mais elle doit être réformée et réinventée.
Donald Trump est-il en train de la réinventer avec son nouveau Conseil de la paix ?
Il y participe.
En participant à ce Conseil ne risquez-vous pas de donner l’impression que l’Albanie devient le cheval de Troie américain en Europe alors que vous voulez intégrer l’Union européenne ?
Je ne sais pas si ça plaît ou pas aux Européens. Je n’ai pas d’informations là-dessus…
L’Europe a toujours su parler avec tout le monde, elle doit regagner cette capacité.
Vous savez très bien que ça déplaît aux Européens.
Non, je ne pense pas… En Europe, on vit encore dans un monde où nos choix sont libres ! Je ne pense pas qu’on puisse refuser des invitations. Par exemple, la Chine est une réalité loin de la nôtre. L’Albanie est le seul pays européen sans investissements chinois. Et pourtant j’ai trouvé perturbant qu’il n’y ait aucun haut représentant de l’Europe à Pékin au 80e anniversaire de la victoire chinoise contre le Japon.
Pourquoi l’absence de hauts représentants de l’Europe vous a-t-elle choqué ?
C’était une célébration antifasciste lors de laquelle les Chinois ont montré sur grand écran l’arrivée des forces américaines en Italie. Ils ont aussi joué l’hymne Bella Ciao. Les Chinois ont également honoré de médailles des pilotes américains et anglais. Alors pourquoi pas ne pas venir ? C’est quoi ça ? L’Europe a toujours su parler avec tout le monde, elle doit regagner cette capacité.
Ne le fait-elle pas ?
En Europe, Viktor Orban est traité comme une sorte de lépreux. Quand Orban disait « Il faut un cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine », tout le monde répondait « Non, non »… et quand Donald Trump prononce le mot « cessez-le-feu », les Européens le découvrent et le répètent. Pourquoi devrait-on attendre Donald Trump pour penser à un cessez-le-feu ? Pourquoi l’Europe n’est-elle pas déjà à la table pour négocier ? Je suis 100 % avec l’Ukraine. Je me sens honoré d’être un ami de Volodymyr Zelensky. C’est une personne que je respecte Je ne suis pas en train de dire, comme le font certains pacifistes en Italie et en France, qu’il faut arrêter de lui envoyer du matériel de guerre. Mais il fallait lui en donner plus et plus vite. Et en même temps, il fallait parler avec la Russie.
Emmanuel Macron était en faveur d’un dialogue avec la Russie, avant de changer d’avis. Vous sentez-vous plus proche du président français, avec qui vous avez affiché une complicité totale depuis votre visite à Paris en 2024, ou de Viktor Orban ?
Pourquoi devrait-on faire ces catégorisations et ces séparations ? Je suis honoré et privilégié, je le dis sincèrement, d’avoir eu la chance de vivre à Paris quand j’étais un émigré, privilégié d’être commandeur de la Légion d’honneur et d’avoir l’amitié de votre président de la République. C’est très personnel, c’est magnifique, c’est extraordinaire. Mais je peux vous dire que je suis aussi très honoré d’être l’ami de Viktor Orban. Il est un des hommes les plus intéressants que j’ai connus, et j’en ai beaucoup rencontré dans le monde politique, de l’art, et universitaire. Il est rare de trouver quelqu’un qui connaît l’Europe, et le monde d’un point de vue historique comme Viktor Orban.
Mais vous n’êtes pas toujours d’accord avec Orban, par exemple, sur la question de la guerre en Ukraine…
Non, Je ne suis pas entièrement d’accord avec Orban, car je suis d’accord avec tous ceux qui ont soutenu et soutiennent jusqu’au bout l’Ukraine. Mais je pense que, dès le début, il a développé un argument très fort. Et son argument a gagné. Sur la nécessité d’un cessez-le-feu et la nécessité d’ouvrir le chantier de la paix, il avait raison.
Votre idée, c’est qu’il faut parler à tout le monde ?
À tout le monde, sauf aux terroristes comme le régime des mollahs en Iran.
Seriez-vous prêt à accueillir les Albanais vivant en France sous OQTF, c’est-à-dire sous obligation de quitter le territoire français ?
Toujours. C’est leur maison. Ce n’est pas à moi de dire s ils doivent rentrer ou pas, mais je pense qu’ils doivent rentrer parce qu’aujourd’hui, c’est mieux ici qu’en France pour eux.
L’adhésion de votre pays à l’Union européenne vous tient à cœur. Mais quel est l’intérêt pour l’Europe d’accueillir l’Albanie ?
L’Europe doit mener à son terme le grand projet de ses pères fondateurs. Et il y a toujours un point sur lequel le débat bloque. Faut-il plus ou moins d’Europe ? Moins d’Europe apporterait moins de solutions et plus de problèmes. Il faut plus d’Europe. Mais il faut aussi plus de flexibilité. Ça signifie que ceux qui disent que la souveraineté nationale ne peut être complètement déléguée marquent un point. D’un autre côté, ceux qui disent qu’il faut retourner dans le passé ont tort. Bien sûr, l’Europe peut vivre sans l’Albanie. Mais, s’il y a les frontières à l’extérieur de l’UE, il y a aussi des frontières internes. L’Albanie n’est pas dans le cœur de l’Europe, mais elle est dans son estomac (il se tape le ventre).
Qu’entendez-vous par là ?
On est au milieu. Pour sortir des Balkans occidentaux, il faut entrer dans l’Union européenne. Pourquoi un homme de deux mètres comme moi a besoin de ce petit point dans l’estomac ? Ce petit point est sans importance… mais il peut en avoir s’il se transforme en une source de douleur. L’Europe a besoin d’être unie. Les pères fondateurs voulaient une Europe unie. Et si l’Europe aujourd’hui a des problèmes, cela vient aussi de ce grand projet qui n’est pas abouti.
Les responsables européens estiment que votre pays n’en fait pas assez pour lutter contre le blanchiment d’argent et la corruption. Le port de Durrës, la deuxième ville de votre pays, est notamment considéré comme un grand centre de blanchiment à ciel ouvert. Que répondez-vous à cela ?
Ce genre de considérations sans sources que l’on considère comme des vérités sont la maladie de notre monde. Durrës est la deuxième ville du pays, mais son port n’est pas un grand centre de blanchiment à ciel ouvert par personne. Les problèmes à Durrës sont bien plus mineurs qu’ailleurs. N’y en a-t-il pas aussi des problèmes à Marseille, Rotterdam ou Anvers ou encore à Barcelone ?

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