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Gérard Araud – Comment Trump peut-il s’en sortir ?

Gérard Araud – Comment Trump peut-il s’en sortir ?

Donald Trump est aujourd’hui confronté à la question qui a taraudé certains de ses prédécesseurs : comment se sortir honorablement d’une intervention militaire mal engagée ? Sans même remonter à la guerre du Vietnam, l’Irak et l’Afghanistan en offrent des exemples récents. En réalité, quels que soient les plans plus ou moins sophistiqués qu’on a présentés aux présidents du moment, le choix qui s’offrait à eux était binaire : arrêter les frais tout en essayant de diminuer le coût politique et militaire du retrait ou l’escalade. Toujours, ils ont choisi la seconde voie pour être réduits finalement à adopter en désespoir de cause la première.

Lorsque Barack Obama arrive à la Maison-Blanche, il passe des mois à hésiter avant de renforcer le contingent américain en Afghanistan comme le lui demande son état-major, dans l’espoir que cet effort supplémentaire permettra ensuite une réduction progressive de l’engagement de son pays dans cette guerre. Il ne fera qu’en aggraver l’embourbement. Ce seront ses successeurs, Trump puis Joe Biden qui en tireront les conséquences en mettant fin à cette intervention dans un retrait qui tournera à la débâcle.

Donald Trump en est aujourd’hui à ce tournant. Non seulement l’Iran, écrasé sous les bombes, résiste, non seulement son régime décimé par les assassinats ciblés ne donne aucun signe de faiblesse mais il a porté la guerre dans le Golfe et en Israël tout en prenant en otage l’économie du monde via le détroit d’Ormuz. Aujourd’hui, il n’est pas exagéré de conclure que la République islamique a pris le dessus stratégique sur ses adversaires et les oblige à réagir à ses initiatives.

Bluffe-t-il ?

On s’affole de Tokyo à Berlin, des campagnes américaines aux usines taïwanaises parce que la fermeture du golfe Persique entraîne des répercussions négatives dans les domaines les plus variés de l’activité humaine. Certes, l’Iran peut s’effondrer mais il n’en donne pas l’impression. Trump doit en tirer les conséquences. À l’évidence, il hésite face à l’alternative il est vrai déplaisante à laquelle il est confronté.

Pour l’heure, il donne l’impression de suivre l’exemple de ses prédécesseurs en faisant montre de fermeté et en annonçant l’escalade. Des milliers de soldats sont en route vers le Moyen-Orient. Des fuites qui n’en sont pas nous apprennent que l’ordre du lancement du volet terrestre de l’opération américaine est sur son bureau pour signature. Sur les chaînes de télévision, les généraux à la retraite dissertent gravement sur les scénarios envisageables, de l’île de Kharg aux côtes du détroit d’Ormuz. La fameuse 82e division d’infanterie en première ligne dans toutes les batailles est déjà sur zone.

Mais, avec Trump, il est impossible de ne pas s’interroger : n’est-ce pas que du bluff ? En effet, des fantassins américains au sol constitueraient des cibles de choix non seulement pour des Iraniens qui défendraient leur pays mais pour tous les groupes djihadistes de la région. Or, l’Ukraine prouve à quel point les drones d’ailleurs produits en Iran peuvent être meurtriers. Donald Trump n’est pas du genre à assumer les pertes et à prendre un ton churchillien. Son niveau d’endurance à la douleur n’est pas très élevé, en particulier à quelques mois des élections de mi-mandat. Jusqu’ici, il a maintes fois prouvé qu’il reculait lorsqu’on lui résistait. C’est d’ailleurs probablement la base de la stratégie iranienne.

Plus imprévisible que jamais

Ne prépare-t-il pas sa « retraite sur des positions préparées à l’avance » lorsqu’il répète matin, midi et soir que la guerre est gagnée, que l’ennemi n’a plus rien ni aviation, ni marine, ni missiles et que jamais une armée n’a remporté un tel succès dans l’histoire ? Ne se lave-t-il pas les mains du désastre lorsqu’il remarque que les États-Unis n’ont pas besoin du détroit d’Ormuz pour s’approvisionner et que c’est aux pays qui ne sont pas dans ce cas d’effectuer le travail ?

Et enfin, n’annonce-t-il pas qu’une négociation est engagée avec un ennemi qui, lui, de son côté le nie farouchement ? On a parfois l’impression qu’à force de penser en promoteur immobilier, il est incapable de comprendre qu’un pays dans la position de l’Iran préfère poursuivre un combat apparemment sans espoir plutôt que de conclure un accord.

Avouons que nous en perdons notre latin. Trump plus imprévisible que jamais peut aussi bien renoncer que poursuivre. Comme en Ukraine, il voudrait sans doute se dégager de ce mauvais pas mais il se rend compte qu’il ne peut laisser derrière lui les États du Golfe seuls face à l’Iran. Cela étant, le risque existe que Téhéran ne surestime sa main et ne lui laisse d’autre choix que l’escalade.

Ce serait une erreur parce qu’un habillage fait de concessions déjà présentes dans l’accord de 2015, d’un cessez-le-feu, de la réouverture du détroit et de vagues promesses de discussions sur la sécurité régionale fournirait sans doute la feuille de vigne dont a besoin un président qui veut désespérément sortir du piège où il s’est lui-même jeté. Reste à savoir quelle serait alors la décision d’Israël.