Alors que la saison estivale approche et que les tensions géopolitiques dans la région du Golfe brouillent les prévisions du secteur, le tourisme tunisien cherche à tirer parti d’un calendrier international favorable. La Coupe du monde de football 2026 s’impose comme une opportunité stratégique que les professionnels du secteur entendent exploiter bien au-delà de la simple diffusion des matchs dans les hôtels.
Une saison sous haute tension, mais des signaux encourageants
Le contexte international reste agité. Les répercussions des conflits dans la région, notamment les événements liés à la guerre en Iran, pèsent sur les flux touristiques mondiaux et obligent les acteurs du secteur à revoir leurs approches. Pourtant, la Tunisie affiche une résilience notable. Selon des données publiées par Le Quotidien, les recettes touristiques ont franchi le cap des 8 milliards de dinars en 2025, soit l’équivalent d’environ 2,9 milliards de dollars, enregistrant une progression de 6,5% par rapport à l’année précédente. Un résultat qui témoigne d’un regain de confiance des voyageurs envers la destination.
Pour autant, les professionnels n’entendent pas s’en tenir aux acquis. L’hôtelier Maheur Hlel, interrogé sur la situation, explique que des réunions de concertation ont déjà eu lieu entre le ministre du Tourisme, les représentants des agences de voyages et les organisateurs de circuits afin d’anticiper les évolutions et d’ajuster les dispositifs en temps réel. « Des programmes et des plans de préparation intensifs ont été mis en place pour suivre les évolutions et s’adapter rapidement aux nouvelles situations, notamment au niveau des préparatifs logistiques et du rythme des réservations », précise-t-il.
La stratégie adoptée repose sur une rupture avec le modèle traditionnel centré quasi exclusivement sur le tourisme balnéaire. La diversification du produit touristique — culturel, écologique, médical et sportif — est désormais au cœur des priorités, avec un effort particulier pour conquérir de nouveaux marchés émetteurs.
La Coupe du monde, bien plus qu’un écran géant dans le hall
L’été 2026 sera marqué par l’un des événements sportifs les plus suivis au monde. La Coupe du monde de football, qui mobilisera des milliards de téléspectateurs à l’échelle planétaire, représente pour les hôteliers tunisiens une fenêtre d’attractivité supplémentaire. Mais pour Maheur Hlel, l’exploitation de cet événement doit aller bien au-delà de la retransmission télévisée des matchs dans les espaces communs des établissements.
« La Coupe du monde est un événement majeur et il faut en profiter pour attirer les touristes, à condition de ne pas se limiter à la transmission des matchs sur des postes de télévision », souligne-t-il. Il préconise la création d’animations spécifiques autour de la compétition : organisation de tombolas, mise en place de mini-matchs entre touristes dont les pays participent au tournoi, et autres formats ludiques susceptibles de renforcer l’expérience de séjour et de fidéliser une clientèle internationale.
L’idée sous-jacente est de conjuguer sport et loisirs pour proposer une offre différenciante. Plutôt que de subir passivement l’agenda sportif mondial, les professionnels tunisiens souhaitent en faire un levier d’animation à part entière, capable de transformer un simple séjour balnéaire en une expérience immersive et mémorable.
Rénovation hôtelière, médinas et capital arabe : les chantiers de fond
Derrière l’effet Coupe du monde, des enjeux structurels plus profonds mobilisent le secteur. La question des unités hôtelières fermées ou vétustes reste un point sensible. Maheur Hlel indique qu’un programme d’investissement étalé sur cinq ans a été mis en place pour restaurer et remettre à niveau ces établissements, qu’ils soient à l’arrêt ou en activité mais nécessitant des travaux de rénovation. L’objectif affiché est double : relever le niveau qualitatif de l’offre et renforcer la capacité d’absorption de la main-d’œuvre dans un secteur qui reste l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois du pays.
Sur le plan de la diversification de l’offre, la Tunisie mise sur la valorisation de son patrimoine architectural. La réhabilitation des médinas et des anciens bâtisses pour les transformer en petits hôtels de charme constitue un axe prioritaire. Ces espaces, qui plongent le visiteur dans l’environnement culturel tunisien, répondent à une demande croissante de tourisme authentique et expérientiel. En parallèle, le développement d’unités hôtelières haut de gamme vise à capter une clientèle plus aisée, contribuant ainsi à l’élévation du panier moyen des dépenses touristiques.
Maheur Hlel évoque également le potentiel encore sous-exploité du parc immobilier privé — appartements et maisons — qui pourrait, s’il est mieux intégré à l’offre touristique, générer des revenus complémentaires pour de nombreuses familles tunisiennes tout en élargissant les capacités d’hébergement disponibles.
La Tunisie, capitale du tourisme arabe en 2027
La désignation de la Tunisie comme capitale du tourisme arabe pour l’année 2027 s’inscrit dans cette dynamique de repositionnement. Pour l’hôtelier, cette distinction ne doit pas être perçue comme un événement isolé, mais comme un « projet national stratégique continu » susceptible d’induire un saut qualitatif durable pour le secteur, de renforcer le tourisme haut de gamme et d’accroître le rayonnement international de la destination.
Une stratégie de communication globale a été élaborée pour promouvoir la Tunisie à l’échelle arabe et internationale, avec une vision qui dépasse le simple calendrier événementiel. La réussite de cette ambition suppose toutefois une mobilisation conjointe des secteurs public et privé, et des investissements coordonnés dans plusieurs domaines : formation, infrastructure, marketing et qualité de service.
Un modèle en mutation face à des transformations mondiales
Au-delà des échéances immédiates, c’est bien la nature même du tourisme qui évolue. Maheur Hlel le souligne : le secteur « ne se limite plus aux formes traditionnelles connues, mais englobe désormais de nouveaux modèles imposés par les transformations démographiques, sociales et environnementales à l’échelle mondiale ». La Tunisie entend s’inscrire dans cette mutation en développant une offre plurielle, capable de séduire aussi bien le touriste sportif attiré par l’effervescence de la Coupe du monde que le voyageur culturel en quête d’authenticité ou le patient en quête de soins médicaux de qualité.
La haute saison 2026 se présente ainsi comme un test grandeur nature pour mesurer la capacité du secteur tunisien à transformer des conditions extérieures complexes en leviers de croissance, à travers une offre renovée, des partenariats renforcés et une communication à la hauteur des ambitions affichées.
