Réduire durablement les pertes humaines sur les routes tunisiennes devient une priorité nationale. Les autorités s’engagent dans une nouvelle approche de prévention des accidents de la circulation, avec pour ambition de diminuer de 50 % le nombre de décès enregistrés à l’horizon 2034.
Les grandes lignes de cette orientation ont été présentées vendredi par Saber Khelifi, directeur général de l’Observatoire national de la sécurité routière (ONSR). La stratégie prévoit une progression par étapes, avec une baisse ciblée de 10 % des décès d’ici 2027, puis de 25 % à l’horizon 2030, avant d’atteindre l’objectif final fixé pour 2034.
Une mobilisation interministérielle autour de 168 projets
Cette feuille de route repose sur une coordination entre plus de vingt départements ministériels et prévoit la réalisation de 168 projets, avec la participation du secteur privé, des organisations de la société civile et des médias.
La démarche retenue repose sur le principe du « système sûr », qui considère que la prévention des accidents ne relève pas uniquement du comportement des conducteurs ou de l’application des sanctions. Elle implique également une responsabilité collective concernant l’aménagement des routes, les équipements de sécurité, la réglementation et l’organisation des secours.
La gouvernance du programme et le suivi des responsabilités des différents intervenants figurent également parmi les axes prioritaires.
Infrastructures et nouvelles technologies au cœur des réformes
L’amélioration du réseau routier constitue l’un des principaux leviers de cette politique. Les interventions cibleront en priorité les zones particulièrement exposées aux accidents, communément appelées « points noirs ».
Les données géographiques et les outils numériques seront davantage exploités afin d’identifier les secteurs à risque et d’orienter les travaux d’aménagement vers les endroits les plus dangereux.
Sur le plan réglementaire, une révision du Code de la route est prévue. Le programme comprend également l’expérimentation de dispositifs de dépistage de l’alcool au volant et la dématérialisation des procédures de constatation des accidents.
En parallèle, les autorités travaillent au développement de systèmes intelligents capables de détecter automatiquement les infractions. Un dispositif expérimental destiné à identifier les véhicules circulant à contresens figure également parmi les projets engagés.
Deux-roues : renforcer les exigences de sécurité
La protection des motocyclistes fait aussi partie des priorités. Le ministère du Commerce prépare un encadrement technique de la commercialisation des casques de protection.
Un cahier des charges relatif à la fabrication et à l’assemblage des motocycles devrait également être élaboré d’ici 2027, dans le but de renforcer les exigences applicables à ce secteur.
Les collectivités locales et les établissements scolaires associés à la prévention
La nouvelle stratégie accorde une place plus importante aux municipalités dans la gestion de la circulation. En application du décret n° 4 de 2026 relatif aux conseils municipaux, les communes sont appelées à intégrer les questions de fluidité et de sécurité routières dans leurs domaines d’intervention.
La prévention sera également développée dans les établissements scolaires à travers des formations aux premiers secours. Le programme prévoit, en outre, une modernisation du contrôle technique des véhicules et une amélioration de l’organisation des interventions après les accidents.
À travers cette stratégie multisectorielle, la Tunisie entend dépasser les approches classiques de lutte contre l’insécurité routière. La réduction de moitié des décès d’ici 2034 dépendra désormais de la mise en œuvre effective des projets annoncés et de la capacité des différents acteurs à agir de manière coordonnée.
