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Phosphate : la Tunisie face au défi de concrétiser les ambitions des investisseurs étrangers

- Tunisie
8 novembre 2026

L’intérêt croissant des partenaires internationaux pour les ressources phosphatières tunisiennes ouvre de nouvelles perspectives économiques. Toutefois, la relance du secteur reste conditionnée à la réalisation des projets annoncés, à la modernisation des infrastructures et à l’amélioration des capacités de production et de transformation.

Le secteur du phosphate tunisien suscite un regain d’intérêt auprès des investisseurs internationaux, dans un contexte mondial marqué par la recherche de ressources minérales stratégiques et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement. Cette attention se manifeste notamment à travers plusieurs initiatives visant à développer de nouveaux projets miniers et à renforcer les capacités industrielles du pays.

Parmi les dossiers qui retiennent l’attention figure le projet Gasaat, situé dans le gouvernorat de Kasserine et développé par la société australienne PhosCo. Une initiative soutenue par les États-Unis prévoit de faciliter les contacts entre les investisseurs américains et les responsables du projet, avec l’ambition de mobiliser jusqu’à 100 millions de dollars de financements privés sur deux ans.

Ce programme, doté d’une enveloppe d’environ 1,5 million de dollars attribuée au groupe CrossBoundary, vise essentiellement à accompagner la recherche de partenaires financiers, commerciaux et techniques. Il ne constitue donc pas un investissement direct de 100 millions de dollars dans l’exploitation du gisement.

Le projet bénéficie également d’un rapprochement avec STUDI International, groupe tunisien spécialisé dans l’ingénierie. Un protocole d’accord prévoit son intervention dans les études préliminaires et les analyses de faisabilité du projet. Une participation stratégique de 1,4 million de dollars australiens dans PhosCo est également envisagée, sous réserve de la finalisation des formalités juridiques.

Une production nationale encore loin de ses performances historiques

Malgré ces perspectives, la situation globale de l’industrie phosphatière demeure préoccupante. Les données communiquées lors des discussions relatives au budget de l’État pour 2027 indiquent que la production nationale n’avait atteint que 2,8 millions de tonnes à la fin du mois de septembre 2026. Un résultat inférieur aux prévisions initiales, qui tablaient sur 4,5 millions de tonnes pour l’ensemble de l’année.

Ce niveau reste également très éloigné des performances enregistrées en 2010, lorsque la production dépassait les 10 millions de tonnes.

Face à cette situation, le ministère de l’Industrie a annoncé un programme de redressement couvrant la période 2027-2035. Plusieurs opérations d’investissement sont prévues afin de remettre à niveau les équipements, d’améliorer les conditions d’exploitation et de renforcer les infrastructures industrielles.

Dans ce cadre, le projet CAPSA, porté par la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), constitue l’un des principaux axes de modernisation. Soutenu par un financement de 110 millions d’euros de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), il prévoit notamment le renouvellement des équipements miniers et l’installation de systèmes de filtration sous haute pression pour optimiser la récupération des eaux utilisées dans les activités d’extraction.

Les objectifs annoncés portent sur une augmentation d’environ 30 % des capacités d’extraction et une amélioration du taux de récupération de l’eau, qui devrait passer d’environ 60 % à plus de 90 %.

La transformation industrielle au cœur des perspectives de relance

Au-delà de l’extraction, le renforcement des activités de transformation représente un enjeu déterminant pour améliorer la rentabilité de la filière. Le projet de l’usine Mdhilla 2, spécialisée dans la production de triple superphosphate raffiné, s’inscrit dans cette orientation. Avec une capacité prévue de 400 000 tonnes par an, cette infrastructure est appelée à contribuer au développement des exportations et à la création de nouveaux emplois.

Par ailleurs, le Groupe chimique tunisien (GCT) a conclu deux accords de financement avec la Société internationale islamique de financement du commerce, portant sur une enveloppe globale de 120 millions de dollars. Ces ressources doivent permettre de sécuriser les importations de soufre et d’ammoniac, indispensables au fonctionnement des unités de fabrication des engrais.

Un potentiel économique qui exige une stratégie cohérente

La multiplication des initiatives et des partenariats internationaux confirme l’existence d’un potentiel important dans le secteur phosphatier tunisien. Néanmoins, les annonces d’investissement ne pourront produire leurs effets que si elles sont accompagnées d’une exécution concrète des projets et d’une vision globale du développement de la filière.

L’amélioration de la production ne constitue qu’une partie du défi. La Tunisie doit également renforcer ses capacités de transformation locale, moderniser les infrastructures de transport, maîtriser les ressources hydriques et réduire les répercussions environnementales des activités minières.

L’enjeu consiste ainsi à transformer l’intérêt des investisseurs en réalisations économiques tangibles, capables de stimuler l’industrie, de soutenir les exportations et de créer des opportunités d’emploi, particulièrement dans les régions minières.

La réussite de cette relance dépendra donc de la capacité des pouvoirs publics et des opérateurs économiques à passer des engagements aux réalisations, afin de redonner au phosphate sa place stratégique dans l’économie nationale.