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« Cruauté pure » : Boualem Sansal dénonce la volonté d’Alger « d’humilier » Christophe Gleizes

« Cruauté pure » : Boualem Sansal dénonce la volonté d’Alger « d’humilier » Christophe Gleizes


Boualem Sansal, Christophe Gleizes. Le premier est écrivain et a été emprisonné par le régime algérien pendant plus d’un an. Le second est journaliste et se trouve toujours dans les geôles d’Alger. « J’étais à la fois effondré et heureux » au moment d’apprendre la condamnation de Christophe Gleizes pour « apologie du terrorisme », s’est confié Boualem Sansal, ce jeudi 4 décembre sur RTL. Le journaliste sportif français Christophe Gleizes a écopé en appel de sept ans de prison. « Effondré parce que l’État algérien n’avait pas besoin de poursuivre dans cet acharnement. Il aurait pu le condamner à six mois de prison et il sortirait aujourd’hui même. Le procureur avait-il besoin de réclamer dix ans ? Pourquoi ? C’est de la cruauté pure, c’est vouloir faire mal, c’est vouloir humilier. »

Mais Boualem Sansal s’est aussi dit confiant sur la libération prochaine de Christophe Gleizes. « Et [je suis aussi] heureux, ça y est, puisqu’il va sortir. Une heure après, après quelques coups de téléphone passés par là, j’ai compris que la grâce allait venir très rapidement, qu’il faut laisser un peu de temps au gouvernement pour que les choses se calment. Je suis confiant. Il va sortir dans une semaine, deux semaines, il va être gracié. »

« Pour moi, c’est un compagnon de malheur »

L’écrivain franco-algérien et ancien haut fonctionnaire du régime algérien Boualem Sansal est lui-même resté emprisonné un an avant d’être gracié par le président Abdelmadjid Tebboune au terme de longues négociations secrètes. Il avait été condamné en appel à 5 ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale », « outrage à corps constitué », « pratiques de nature à nuire à l’économie nationale » et « détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays ».

« Moi, ça fait 25 ans que je critique ce régime, que je le combats » a expliqué Boualem Sansal. Mais au contraire de lui, « Christophe n’est pas un homme politique. Il n’a jamais critiqué le régime. Son dossier est léger ». Le journaliste français est accusé d’être entré en contact avec deux dirigeants du Mouvement d’autodétermination de la Kabylie (MAK), une organisation séparatiste classée comme terroriste par les autorités algériennes le 18 mai 2021.

À LIRE AUSSI Pourquoi le Français Christophe Gleizes a été condamné en Algérie pour « apologie du terrorisme » Il a partagé son empathie pour le journaliste sportif. « Pour moi, c’est un compagnon de malheur. On n’était pas dans la même prison, mais dans la même situation. J’ai beaucoup d’estime et d’affection pour lui. » Il s’est adressé directement à son camarade d’infortune : « Christophe, viens que je t’embrasse ! Il me racontera ses trucs, je lui raconterai les miens. Peut-être qu’on écrira un texte commun sur les centaines de personnes incarcérées arbitrairement chaque jour. »

Boualem Sansal a sévèrement critiqué le régime du président Tebboune. « L’Algérie est une dictature. Mais qui en doute ? C’est une dictature qui n’arrive pas à se corriger, à prendre des manières un peu plus civilisées. On peut être une dictature civilisée, préserver les formes. Nous, elle est brutale, méchante et cruelle. » Il a encore ajouté : « Tout est tabou. L’islam, l’histoire, la mémoire… tout. »