Le paysage financier mondial traverse une zone de fortes turbulences. Ce lundi 9 mars 2026, le dollar américain a accentué sa domination, s’imposant avec force face aux devises historiquement considérées comme des ports salvateurs en temps de crise : le franc suisse et le yen japonais. Ce mouvement n’est pas qu’une simple fluctuation technique ; il traduit l’inquiétude profonde des investisseurs face à l’extension du conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran. Dans ce climat électrique, la monnaie de réserve mondiale redevient le premier choix, portée par une liquidité que personne ne peut égaler et par une position stratégique d’exportateur net d’énergie.
Une domination sans partage sur les valeurs refuges
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et illustrent la pression subie par les autres devises. La paire USD/CHF a grimpé pour atteindre 0,7824, marquant une progression de près de 0,3 % pour le billet vert face au franc en une seule séance. La situation est encore plus marquée du côté du Japon : l’USD/JPY a bondi à 158,65 (+0,5 %), frôlant les zones d’alerte qui, par le passé, ont forcé les autorités nippones à intervenir pour stabiliser leur monnaie. Globalement, l’indice du dollar gravite désormais autour de 99,3, affichant une santé insolente avec un gain de 2,6 % sur le dernier mois.
Fait notable : si le franc suisse montre des signes de faiblesse face au dollar, il reste extrêmement solide vis-à-vis de l’Europe. La paire EUR/CHF est passée sous la barre symbolique des 0,90 pour la première fois en dix ans. Cela révèle une hiérarchie très claire dans la peur : les investisseurs européens se réfugient vers la Suisse, mais le reste du monde, lui, ne jure que par le dollar. Comme le souligne Joseph Capurso de la Commonwealth Bank of Australia, le billet vert joue sur deux tableaux gagnants : son rôle de valeur refuge et sa protection contre le choc énergétique.
Pourquoi le « King Dollar » revient-il en force ?
Nous assistons à un changement de paradigme par rapport aux crises de 2025. L’année dernière, les tensions liées aux tarifs douaniers avaient affaibli le dollar au profit du yen. Mais la crise actuelle change la donne. Depuis le déclenchement des frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février, le conflit menace directement l’approvisionnement énergétique mondial.
Dans ce scénario, le dollar redevient « la » solution par défaut. Pourquoi ? Parce que pour réduire massivement son exposition au risque, le marché des bons du Trésor américain demeure l’unique réservoir capable d’absorber des afflux de capitaux aussi colossaux. Comme l’expliquent les experts de Scotiabank et de Wells Fargo, cette demande mécanique pour la dette américaine soutient directement la monnaie. De plus, de nombreux investisseurs étrangers préfèrent désormais conserver leurs liquidités en dollars plutôt que de prendre le risque d’une conversion vers leurs devises locales, souvent plus volatiles.
Un rallye fragile ou durable ?
Malgré cette démonstration de force, la prudence reste de mise chez les analystes. Si Jane Foley de Rabobank reconnaît que cette performance apporte une réelle assurance aux marchés, le débat sur la pérennité de ce mouvement est loin d’être tranché. Un récent sondage Reuters auprès de 45 stratégistes montre qu’une majorité anticipe toujours une dépréciation du dollar à moyen terme.
Pour certains observateurs, comme chez JP Morgan, cette hausse fulgurante s’explique en partie par le dénouement de positions « short » (vendeuses) prises avant la guerre, plutôt que par une vague massive de nouveaux acheteurs. Bas van Geffen de Rabobank résume parfaitement l’étrangeté du moment : même l’or ne joue plus pleinement son rôle habituel. Dans un monde où plus rien ne semble sûr, la liquidité pure est devenue la seule véritable protection.

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