Alors que les investigations se poursuivent, l’armée congolaise et le groupe armé AFC/M23 s’accusent mutuellement. Pourtant les circonstances du drame restent encore floues dans une région marquée par la guerre et l’instabilité.
La mort de l’humanitaire française Karine Buisset, tuée dans la nuit du 10 au 11 mars à Goma, dans l’est de la RDC, fait désormais l’objet d’une enquête pour « meurtre constitutif de crime de guerre ».
Les investigations visent à éclaircir les circonstances exactes des faits et à permettre d’informer les proches de la victime. L’enquête a été confiée à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) de la gendarmerie nationale française. Le dossier a été déposé auprès du parquet antiterroriste, compétent en matière de crimes de guerre.
Âgée de 54 ans, Karine Buisset travaillait comme spécialiste PSEA (Protection contre l’exploitation et les abus sexuels) pour l’UNICEF en RDC. Elle a été tuée lorsqu’une frappe de drone a touché son appartement situé dans le quartier Himbi, à Goma. Dans tous les cas, les faits apparaissent « en lien avec une situation de conflit armé opposant les forces congolaises et le mouvement dit M23 », relate le pôle de répression des crimes internationaux du parquet national antiterroriste (Pnat) en France.
Selon le bilan provisoire, au moins deux autres personnes ont également perdu la vie lors de cette attaque. Mais leurs corps demeurent sans trace selon plusieurs sources locales.
« La ligne de front n’est pas dans la ville de Goma »
Au lendemain du drame, plusieurs habitants de Goma sont descendus dans la rue lors d’une marche pacifique pour dénoncer les bombardements par drones et réclamer la paix.
Les manifestants brandissaient des pancartes portant des messages tels que :« La ligne de front n’est pas dans la ville de Goma » ou encore « Justice pour Karine Buisset ».
Ces faits surviennent alors que la ville de Goma est sous le contrôle de la rébellion AFC/M23 depuis janvier 2025. Cette situation s’inscrit dans un conflit armé opposant les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) à ce mouvement rebelle.
L’attaque n’a pas été revendiquée par l’AFC/M23. Le mouvement accuse cependant le gouvernement congolais de chercher à éliminer certains de ses dirigeants.
Selon eux, la frappe aurait visé leurs responsables , notamment Corneille Nangaa, Sultani Makenga, ainsi que leurs adjoints Bertrand Bisimwa et Freddy Kaniki. Rappelant ainsi la mort de leur porte-parole Willy Ngoma, tué le 24 février près de Rubaya lors de frappes aériennes attribuées aux FARDC d’après des sources locales.
Dans un communiqué, le gouvernement de Kinshasa a affirmé ne pas pouvoir mener une action contraire aux valeurs qu’il défend.
Il a indiqué que les circonstances exactes des explosions, notamment l’origine des frappes, font l’objet d’enquêtes menées par les services compétents afin de faire toute la lumière sur l’incident.
L’UNICEF a aussi exprimé son indignation après la mort de son employée, rappelant que la protection des acteurs humanitaires doit être garantie en toutes circonstances.
Par ailleurs le ministre belge des Affaires étrangères ,Maxime Prévot, a également réagi, déclarant que cet incident n’est pas isolé. Il a dénoncé la multiplication d’attaques similaires en violation du cessez-le-feu et a appelé les parties au conflit à reprendre les négociations.
De leur côté, l’Union européenne et l’Union africaine ont exhorté les belligérants à respecter les efforts de médiation engagés dans le cadre des processus diplomatiques de Washington et de Doha. Les deux organisations soutiennent également l’ouverture d’une enquête impartiale.
Les travailleurs humanitaires en première ligne
Le Forum des ONG internationales en RDC (FONGI) a condamné l’attaque et alerté sur la dégradation de la sécurité des travailleurs humanitaires dans l’est du pays.
Selon l’organisation, 13 humanitaires ont été tués dans l’est de la RDC en 2025, contre 9 en 2024. Par ailleurs, 626 incidents sécuritaires visant des humanitaires ont été recensés l’année dernière, contre 428 en 2024, illustrant l’aggravation des risques dans cette région en conflit.
Cette affaire rappelle un autre drame qui avait eu lieu dans la région. En février 2021, une attaque avait coûté la vie à l’ambassadeur italien Luca Attanasio et à son chauffeur congolais Mustapha Milambo dans le territoire de Nyiragongo , au nord de Goma. À l’époque, l’attention médiatique et les investigations s’étaient surtout concentrées sur le diplomate italien. Plusieurs années plus tard, l’Italie poursuit ses démarches judiciaires concernant la mort de son ressortissant, tandis qu’en République démocratique du Congo, aucune information publique n’a été communiquée sur l’avancement de l’enquête liée au décès de son chauffeur.

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