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Qui se cache derrière Jessica Foster, la trop parfaite influenceuse pro-Trump ?

Qui se cache derrière Jessica Foster, la trop parfaite influenceuse pro-Trump ?

Elle pose avec des chefs d’État, s’affiche en uniforme et défend Donald Trump. Jessica Foster semble partout… sauf dans la réalité. Derrière ce mirage de l’IA, une machine à cash parfaitement orchestrée.

Elle coche toutes les cases du fantasme contemporain. Et pourtant… elle n’existe pas. Suivie par plus d’un million d’abonnés sur Instagram, Jessica Foster se présente comme une jeune soldate américaine, incarnation d’un patriotisme pro-Trump sans nuance. Une figure calibrée pour séduire un public conservateur. Mais derrière cette image trop parfaite se cache une supercherie d’un genre nouveau : Jessica Foster est entièrement générée par intelligence artificielle.

Créé le 14 décembre 2025, le compte connaît une ascension fulgurante. Les publications s’enchaînent : dortoirs militaires, scènes de camaraderie avec des soldats, poses pieds nus dans des bureaux ou devant un chasseur F-22 Raptor. Elle apparaît aussi aux côtés de Lionel Messi, Cristiano Ronaldo ou Melania Trump, et même de dirigeants comme Vladimir Poutine ou Volodymyr Zelensky. Jusqu’à prendre la parole lors d’un « Board of Peace Conference », instance fictive attribuée à Donald Trump pour arbitrer le conflit à Gaza.

Mais derrière ces images spectaculaires – toutes artificielles – les premiers doutes émergent. Des vétérans repèrent des anomalies : un prénom inscrit sur le treillis (« JESSICA ») au lieu du nom de famille, des détails approximatifs, une impression générale d’image retouchée. Autant de failles qui trahissent la fabrication.

Un appât pour OnlyFans

Car il ne s’agit pas d’un simple canular. L’opération est pensée comme un véritable levier économique. Très vite, les internautes sont redirigés vers une page OnlyFans, sous le pseudonyme @jessicanextdoor, où « elle » vend des contenus érotiques, eux aussi générés par IA.

La biographie, faussement spontanée, donne le ton : « Fonctionnaire le jour, fauteur de troubles la nuit, je suis nouvelle ici, ne soyez pas méchants s’il vous plaît. Au fait je réponds à chaque message, mais soyez patients car je ne suis pas un robot haha. » Certains abonnés paient plus de 100 dollars pour une seule image, souvent centrée sur des contenus fétichistes, notamment autour des pieds.

« Sexualiser une vision de l’armée américaine »

Le système prospère pourtant en contradiction avec les règles des plateformes. OnlyFans impose que chaque compte soit lié à une personne réelle et que les contenus générés par IA soient signalés. Instagram, propriété de Meta, exige également une forme de transparence. Mais dans les faits, les contrôles peinent à suivre.

La journaliste Kat Tenbarge résume cette ambiguïté sur la chaîne YouTube Courier : « Elle agit comme une conseillère militaire pour l’administration Trump sur Instagram, mais elle opère comme un mannequin de pieds sur OnlyFans. […] Elle diffuse une forme de propagande, non seulement en faveur de Trump et de l’armée américaine, mais elle objectifie aussi les femmes militaires. »

Elle ajoute que le compte « adoucit, glamourise et sexualise cette vision de l’armée américaine ». Comme le souligne le commentateur conservateur, Ara Rubyan, cité par Fast Company : « La chose la plus dangereuse à propos de Jessica Foster n’est pas qu’elle soit fausse ; c’est à quel point un million de personnes avaient besoin qu’elle soit réelle. »