Un jury international vient de franchir un cap décisif : après cinq jours d’immersion sur le terrain tunisien, les experts mandatés par l’International Institute of Gastronomy, Culture, Arts and Tourism (IGCAT) ont officiellement recommandé le Cap Bon pour l’attribution du prestigieux titre de « Région du Monde de la Gastronomie 2028 ». La décision définitive est attendue le 10 juin 2026, lors du Forum consultatif de l’IGCAT, marquant une étape historique pour le tourisme tunisien.
Une candidature ancrée dans l’identité méditerranéenne
Du 4 au 8 mai 2026, une délégation d’évaluateurs internationaux a sillonné plusieurs localités du Cap Bon, rencontrant plus de 90 acteurs régionaux issus des secteurs du tourisme, de l’agriculture, de la culture, de l’artisanat, de la formation professionnelle et de l’innovation. L’objectif : mesurer la capacité de la région à incarner durablement ce label international, bien au-delà de l’échéance symbolique de 2028.
Le dossier de candidature, intitulé « A Shakshouka of Flavours in the Heart of the Mediterranean », fédère un consortium d’acteurs publics, privés, académiques et associatifs autour d’une ambition partagée : positionner le Cap Bon comme une référence méditerranéenne du tourisme gastronomique responsable. Dr. Diane Dodd, présidente de l’IGCAT, a salué une démarche « profondément enracinée dans l’identité méditerranéenne, la richesse agricole et des traditions toujours vivantes », soulignant la nécessité d’une coopération intersectorielle pour bâtir un modèle de développement pérenne.
Parmi les points saillants relevés par les experts figurent les initiatives du Commissariat régional au tourisme de Nabeul-Hammamet pour étendre l’offre gastronomique et culturelle à l’ensemble de l’année, ainsi que l’intégration de sites patrimoniaux majeurs comme Kerkouane dans le circuit touristique régional. La harissa tunisienne, reconnue patrimoine culturel immatériel par l’UNESCO, a également été citée en exemple concret du lien indissoluble entre gastronomie, mémoire collective et identité nationale.
Le jury a par ailleurs mis en lumière le travail des Ambassadrices de Hammamet, dont les ateliers et expériences immersives contribuent activement à la transmission des savoirs culinaires et artisanaux locaux, en valorisant notamment le rôle des femmes dans la préservation de ce patrimoine vivant.
Un écosystème innovant au service du développement territorial
Au-delà des traditions culinaires, le jury a été sensible à l’émergence d’une dynamique entrepreneuriale et technologique sur le territoire. Hammamet Valley Hub et l’incubateur 1Kub ont particulièrement retenu l’attention des experts, qui y voient des catalyseurs potentiels de création d’emplois dans les filières agroalimentaire, touristique et numérique. Cette articulation entre héritage gastronomique et innovation contemporaine constitue l’un des atouts distinctifs du dossier capbonais.
La dimension environnementale du projet a également pesé dans la recommandation. Les évaluateurs ont mis en avant les actions liées à l’agriculture biologique, à l’écotourisme et à la gestion raisonnée des ressources naturelles. Le travail mené par l’Association tunisienne pour la protection de la nature et de l’environnement de Korba (ATPNE) autour de la lagune de Korba a été cité comme un exemple concret de la synergie entre développement touristique et préservation écologique.
Sur le plan de la formation, le jury a salué l’engagement du Lycée agricole de Bouchrik dans la transmission des métiers agricoles durables, et celui de l’Institut de formation aux métiers du tourisme de Nabeul (IFMT), impliqué dans la préservation des traditions culinaires régionales et dans plusieurs projets à dimension écologique. Ces établissements incarnent, aux yeux de l’IGCAT, la pérennité du projet au-delà de toute reconnaissance institutionnelle.
Culture, récit territorial et mobilisation collective
La richesse du récit culturel porté par le Cap Bon a constitué un autre argument de poids. Les travaux du Centre culturel de Soliman sur l’héritage andalou de la région ont été salués comme une illustration de la profondeur historique et de la pluralité identitaire du territoire. Des étudiants de l’ISBAN, de l’IHEC et de l’INAT ont également été distingués pour leurs projets en design, marketing territorial et innovation numérique, perçus comme autant de vecteurs de rayonnement futur.
Plusieurs établissements hôteliers et tables locales ont contribué à nourrir l’expérience de terrain des experts : l’Oceana Hotel & Spa, La Badira, Africa Jade Thalasso, le Domaine Htouba, ainsi que divers producteurs régionaux engagés dans la valorisation des terroirs du Cap Bon ont été mentionnés dans les conclusions du jury comme des maillons essentiels de l’offre gastronomique locale.
Dans son rapport, l’IGCAT décrit la candidature capbonaise comme « non pas un simple concept, mais une expression vivante de la diversité », portée collectivement par des producteurs, artisans, formateurs, acteurs culturels, hôteliers et innovateurs. Lamia Temimi, cofondatrice de Sawa Taste of Tunisia, a été désignée parmi les ambassadeurs officiels du projet Cap Bon 2028, reconnue pour son rôle moteur dans la mobilisation du tissu régional autour de cette candidature, selon les informations relayées par le site spécialisé destinationtunisie.info.
La recommandation du jury reste néanmoins soumise à conditions : la région devra soumettre un plan stratégique détaillé, intégrant des projets concrets, des indicateurs de suivi, un budget prévisionnel et un plan de communication conformes aux exigences de l’IGCAT. Si l’ensemble des étapes est validé dans les délais impartis, la cérémonie officielle de remise du titre pourrait intervenir dès septembre 2026.
