Une bouteille en grès, façonnée par des mains tunisiennes, portant l’empreinte d’un designer local : c’est l’image que la Tunisie veut projeter sur les marchés mondiaux pour son huile d’olive. Mardi dernier, au Palais des congrès à Tunis, une rencontre professionnelle B to B a réuni artisans, designers et exportateurs autour d’un objectif commun — repenser le conditionnement de l’huile d’olive tunisienne en s’appuyant sur le savoir-faire artisanal national. Inscrite dans le programme promotionnel annuel du Centre de promotion des exportations (Cepex), cette initiative s’intègre dans les 30 activités prévues pour l’année en cours.
Quand l’artisanat devient levier d’exportation
La Tunisie figure parmi les plus importants producteurs mondiaux d’huile d’olive. Pourtant, malgré la qualité reconnue de sa production, le pays peine encore à capter la valeur ajoutée que génère cette filière à l’international. Face à une concurrence accrue, notamment de l’Italie, de l’Espagne et de la Grèce, la différenciation par le packaging s’impose comme un axe stratégique incontournable.
Prenant la parole lors de la cérémonie d’inauguration, le ministre du Commerce Samir Abid a rappelé que l’huile d’olive dépasse le simple statut de produit agricole : « C’est un pilier stratégique de nos exportations. Face à la concurrence mondiale, il devient impératif de renforcer sa valeur ajoutée, à travers la conception, les techniques de conditionnement et la distinction de l’offre. » Le ministre a insisté sur le fait que l’innovation ne se limite pas au produit lui-même, mais s’étend à sa présentation et à l’ensemble de la stratégie marketing qui l’entoure.
C’est précisément dans cette logique que s’inscrit le projet « Creative Tunisia », financé par l’Union européenne et clôturé lors de cette même journée. Ce programme, mené en collaboration entre l’Office national de l’artisanat (ONA) et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi), avec l’appui du Cepex et du Centre technique de l’emballage et du conditionnement (Packtec), a permis de développer une solution de packaging premium : une bouteille en grès conçue par des designers tunisiens et produite par des artisans locaux.
Lassâad Ben Hassine, représentant de l’Onudi pour les pays concernés, a résumé l’enjeu en des termes clairs : « Notre défi collectif est de transformer l’excellence de ce produit en image, en valeur et en parts de marché, afin qu’elle soit reconnue et rémunérée à sa juste mesure. » Une ambition qui repose sur un constat simple : exporter davantage ne suffit plus ; il faut mieux valoriser ce qui est déjà exporté.
Trois leviers pour repositionner l’huile d’olive tunisienne
Selon Lassâad Ben Hassine, la stratégie s’articule autour de trois axes fondamentaux : améliorer le conditionnement, renforcer la différenciation et optimiser le positionnement sur les marchés internationaux. Des pays méditerranéens concurrents comme l’Italie, l’Espagne ou la Grèce ont depuis longtemps intégré cette logique : la compétitivité d’un produit ne repose plus uniquement sur sa qualité intrinsèque. Elle passe aussi par la narration de son origine, le soin apporté à son emballage et la cohérence de son identité visuelle. « Il faut savoir raconter son produit », a-t-il formulé.
Le processus développé dans le cadre de « Creative Tunisia » suit une méthodologie structurée en quatre étapes. La première consiste à mobiliser les designers à travers des hubs créatifs. Vient ensuite la phase de développement de prototypes en collaboration avec les artisans. Ces prototypes font alors l’objet d’une validation technique assurée par le Packtec. Enfin, une mise en relation directe entre artisans, designers et exportateurs vient concrétiser le dispositif, comme ce fut le cas lors de la rencontre de mardi.
Ben Hassine a tenu à clarifier la portée de cette initiative : « Elle n’a pas vocation à remplacer les solutions industrielles de conditionnement. Elle vient les compléter, en montrant comment l’artisanat et le design peuvent apporter davantage de valeur, d’identité et de différenciation à l’huile d’olive. » Un positionnement complémentaire plutôt que concurrent, qui ouvre une nouvelle perspective commerciale pour un secteur en quête de relance à l’export.
L’ONA et le Packtec au cœur du dispositif
La directrice de l’ONA, Leila Msellati, a abondé dans le même sens, rappelant le rôle central de l’artisanat dans l’économie et l’identité tunisiennes. Pour elle, ce secteur est non seulement générateur d’emplois, mais aussi porteur du rayonnement culturel du pays à l’étranger. Son évolution passe désormais, selon elle, par une ouverture plus affirmée sur les marchés extérieurs et une adaptation aux nouvelles exigences en matière de qualité et de design.
Le Packtec, de son côté, joue un rôle de validation technique essentiel dans ce dispositif. En garantissant la conformité des bouteilles en grès aux standards internationaux d’emballage, il assure le passage entre la création artisanale et les exigences concrètes des marchés cibles. Car une bouteille, aussi esthétique soit-elle, doit répondre à des critères précis de résistance, d’étanchéité et de conformité réglementaire pour être acceptée à l’exportation.
La rencontre a également réuni des représentants du corps diplomatique accrédités à Tunis, signe que l’initiative dépasse le cadre purement sectoriel pour s’inscrire dans une logique de rayonnement international. Des hommes d’affaires et de jeunes designers étaient également présents, témoignant de l’intérêt que suscite cette nouvelle approche au sein de l’écosystème économique tunisien.
Rapportée par La Presse de Tunisie, cette rencontre illustre une tendance de fond : la Tunisie cherche à repositionner son huile d’olive non plus comme une matière première vendue en vrac, mais comme un produit d’exception, porteur d’une histoire, d’un territoire et d’un savoir-faire. L’artisanat, loin d’être un secteur résiduel, devient ainsi un acteur à part entière de la stratégie nationale d’exportation.
