Un journaliste tunisien derrière les barreaux pour avoir exprimé une opinion lors d’une conférence universitaire : c’est la situation qui préoccupe profondément le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT). L’organisation, dont le siège est établi à Paris, a publié le 6 mai 2026 un communiqué appelant à la libération de Zied El Hani, dont le jugement était attendu ce jeudi 7 mai 2026.
Une arrestation consécutive à une prise de parole académique
Tout a commencé le 24 avril 2026. Ce jour-là, Zied El Hani, journaliste connu du paysage médiatique tunisien, intervenait à la Faculté de droit de Tunis. Durant cette prise de parole, il a formulé des critiques à l’égard de décisions judiciaires visant plusieurs de ses confrères. Ces propos, tenus dans le cadre d’un espace académique, ont suffi à déclencher une procédure judiciaire contre lui. Rapidement mis en cause pour des faits qualifiés d’«atteinte à autrui» ou de «diffamation», il a été placé en détention dans la foulée.
Le CRLDHT rappelle ces faits dans un communiqué intitulé de manière explicite : «Pour la liberté de Zied El Hani, pour la liberté de la presse, pour le droit de déranger». Ce titre programme en lui-même la ligne de défense adoptée par l’ONG : la liberté d’expression et le droit à la critique ne sont pas des délits, mais des piliers fondamentaux d’une société démocratique.
Selon l’organisation, l’affaire El Hani ne saurait être isolée de son contexte. Elle s’inscrit, écrit le CRLDHT, dans «une intensification des poursuites contre les journalistes et les voix critiques en Tunisie», un mouvement qui préoccupe de nombreux observateurs des droits humains depuis plusieurs mois. La détention du journaliste est perçue comme un signal adressé à ceux qui osent interroger l’institution judiciaire ou ses décisions.
Une qualification juridique contestée
Au cœur du débat se trouve le chef d’accusation retenu contre Zied El Hani : «atteinte à autrui via les réseaux publics de télécommunication». Pour le CRLDHT, cette qualification ne correspond pas à la réalité des faits. L’ONG affirme que les déclarations du journaliste «relèvent clairement de l’exercice d’un journalisme libre» et constituent «l’expression d’une opinion libre, constructive et nécessaire à l’émergence d’une société consciente et équilibrée».
L’article 86 du Code des télécommunications tunisien se retrouve, une fois de plus, sous le feu des critiques. Ce texte, régulièrement invoqué dans des affaires impliquant des journalistes, des blogueurs ou de simples citoyens ayant exprimé des opinions en ligne ou via des canaux de communication, est présenté par l’organisation comme un outil d’intimidation détourné de sa vocation initiale. Sa mobilisation dans l’affaire El Hani illustre, selon le CRLDHT, une tendance à l’«instrumentalisation des lois» pour restreindre la liberté de la presse.
Cette critique juridique rejoint un débat plus large sur la compatibilité de certaines dispositions du droit tunisien avec les standards internationaux en matière de liberté d’expression. Des organisations de défense de la presse avaient déjà, par le passé, alerté sur les dangers que représente l’article 86 pour le pluralisme médiatique et la capacité des journalistes à exercer leur métier sans craindre des poursuites.
Trois revendications fermes adressées aux autorités tunisiennes
Dans son communiqué, le CRLDHT ne se contente pas d’exprimer une inquiétude de principe. L’organisation formule trois demandes précises et sans ambiguïté à l’adresse des autorités compétentes.
En premier lieu, elle exige la libération immédiate de Zied El Hani, mais également celle de l’ensemble des journalistes actuellement détenus en Tunisie en raison de leurs opinions ou de leurs écrits. Cette demande collective souligne que le cas El Hani n’est pas une exception isolée, mais l’une des manifestations d’un phénomène plus systémique touchant la presse tunisienne.
Ensuite, le CRLDHT réclame l’abandon de toutes les charges liées à la liberté d’expression et à l’exercice du journalisme. Il s’agit d’une position de principe : aucun journaliste ne devrait être poursuivi pour le contenu de ses reportages, de ses analyses ou de ses prises de position, dès lors que celles-ci s’inscrivent dans le cadre d’un travail d’information ou d’opinion.
Enfin, l’organisation appelle à mettre fin à ce qu’elle décrit comme l’«instrumentalisation» de l’arsenal législatif, notamment l’article 86 du Code des télécommunications, à des fins de musellement de la presse. Une telle instrumentalisation, affirme-t-elle, est incompatible avec les engagements de la Tunisie en matière de droits humains et de liberté d’information.
Tout au long du communiqué, le CRLDHT réaffirme ce qu’il considère comme un droit fondamental : «le droit des Tunisiennes et des Tunisiens à être libres, leur droit à déranger, et leur droit à être des citoyens à part entière». Cette formulation, volontairement forte, traduit une vision de la citoyenneté active dans laquelle la capacité à questionner, à critiquer et à déranger le pouvoir est présentée non comme un privilège, mais comme une liberté inaliénable.
L’affaire Zied El Hani, dont le jugement a été examiné ce 7 mai 2026 selon les informations relayées par Kapitalis, intervient à un moment où la situation des médias en Tunisie continue de susciter l’attention des instances internationales de défense de la liberté de la presse. Le sort réservé à ce journaliste sera suivi de près par les organisations de la société civile tunisienne et internationale.
