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Andrea Riccardi : « Dans une Europe pauvre en leadership, Macron est une figure d’ouverture »

Andrea Riccardi :  « Dans une Europe pauvre en leadership, Macron est une figure d’ouverture »

ENTRETIEN. Avant sa première visite à Léon XIV, le 10 avril, le président français sera au siège de la communauté Sant’Egidio, dont il est proche. Confidences de son fondateur.

Emmanuel Macron rencontrera pour la première fois le pape Léon XIV au Vatican le 10 avril, ainsi que le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État (équivalent de chef de gouvernement) du Vatican, et le cardinal Paul Gallagher, chef de la diplomatie du Saint-Siège.

La veille au soir, il sera aussi au siège de l’ONG catholique Sant’Egidio, dans le Trastevere. Le président français entretient, en effet, avec le cofondateur de cette communauté internationale de laïques, Andrea Riccardi, une amitié de longue date, discrète, dont celui-ci parle très rarement. Il le fait ici.

Le Point : En quoi le rendez-vous d’Emmanuel Macron avec Léon XIV est-il important ?

Andrea Riccardi : Emmanuel Macron a souvent témoigné d’une grande affinité personnelle avec le pape François, les deux hommes se sont souvent rencontrés. Qu’il vienne établir une relation avec Léon XIV est dans la logique des relations historiques entre la France et le Saint-Siège.

Emmanuel Macron est un homme politique intelligent qui ne réduit pas ses rapports avec le pape à de simples questions politiques. Il est sensible aux problèmes spirituels et au destin de l’homme dépaysé de la mondialisation. Le Vatican occupe une position de « tiers » dans les conflits mondiaux, et l’Europe cherche également sa position. Le dialogue peut être fructueux à ce niveau.

Ceux qui sont préoccupés de l’avenir du monde, humanistes, religieux, laïques doivent se mettre ensemble, sinon les forces obscures vaincront.

De quelle façon ?

Emmanuel Macron est un homme politique averti, mais il possède aussi une « intelligence spirituelle ». Sa conversation n’est pas seulement politique, elle est humaniste. Dans une Europe aujourd’hui assez pauvre en leadership culturel et spirituel, Macron est une figure d’ouverture.

Son discours au collège des Bernardins au début de son premier mandat, en 2018, où il évoquait « le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer » témoignait de cette volonté de dialogue entre le monde laïque et religieux. À Rome, lors des rencontres de Sant’Egidio sur la paix, en 2022, Emmanuel Macron avait eu cette phrase inoubliable sur la « paix impure », développant l’idée que la paix passe toujours par le compromis et la négociation. Emmanuel Macron est un homme qui manquera à l’Europe après sa présidence.

Vous le considérez comme un ami ?

Moi, oui. Lui, je ne sais pas (rires). Mais nos conversations sont toujours stimulantes. Nous sommes dans une période sombre, l’âge de la force et de l’argent, ce qui ne peut pas bâtir un monde meilleur. Ceux qui sont préoccupés de l’avenir du monde, humanistes, religieux, laïques doivent se mettre ensemble, sinon les forces obscures vaincront. La réponse à la crise de la démocratie ne sera pas dans le triomphe d’une « République technologique ».

En Italie, comme en France, les gens aspirent à la paix, mais ils sont dépaysés. Ils ne savent plus ce que signifie concrètement « la paix ». Lors de notre grande rencontre à Paris dans l’esprit d’Assise, le thème était « Imaginer la paix ». Aujourd’hui, c’est devenu très difficile. La paix était l’idéal de la seconde moitié du XXe siècle, inscrite dans les statuts des Nations unies en 1945 pour éliminer les « fléaux de la guerre ».

Aujourd’hui, ce fléau est devenu l’instrument courant de la politique. La guerre est redevenue la normalité. Il nous faut construire des rapports nouveaux entre les hommes, les femmes, les peuples et leurs dirigeants. Nous ne pouvons plus vivre sans ambition universaliste. Les nations sont les chambres d’une maison commune. On a construit une globalisation techno-politique, ce fut l’erreur après 1989. Il nous faut maintenant bâtir une globalisation spirituelle. Toutes les initiatives qui vont dans ce sens sont les bienvenues.