Un pas concret vers un rapprochement industriel entre Tunis et Rome. Le 7 mai 2026, une séance de travail tenue dans la capitale italienne a posé les jalons d’une coopération renforcée entre la Tunisie et l’Italie dans le secteur de l’automobile, un domaine jugé stratégique par les deux pays. Cette réunion, rapportée par La Presse de Tunisie, marque une étape significative dans la dynamique économique bilatérale qui anime les relations tuniso-italiennes depuis plusieurs années.
Une rencontre diplomatique au cœur de l’industrie automobile
C’est au sein de l’ambassade de Tunisie à Rome que les discussions ont pris forme. Mohamed Hédi Cheikhawi, chargé d’affaires par intérim de la représentation diplomatique tunisienne, a conduit les échanges face au directeur général de l’Association nationale de l’industrie automobile italienne, l’ANFIA. Cette organisation fédère les acteurs majeurs du secteur automobile transalpin et constitue un interlocuteur de poids pour tout partenariat industriel avec l’Italie.
La réunion a permis d’identifier des axes de collaboration concrets, allant bien au-delà des déclarations d’intention habituelles. Les deux parties ont mis sur la table des mécanismes opérationnels destinés à structurer une relation durable entre les opérateurs économiques des deux rives de la Méditerranée. L’objectif affiché est double : d’un côté, attirer des investissements italiens vers la Tunisie dans la filière automobile ; de l’autre, ouvrir des débouchés commerciaux pour les entreprises tunisiennes actives dans ce secteur.
Le secteur automobile tunisien, bien qu’encore en phase de montée en puissance, dispose d’atouts réels. Le pays a développé ces dernières années une base industrielle dans la sous-traitance et les équipements automobiles, bénéficiant d’une main-d’œuvre qualifiée et d’une position géographique favorable pour les échanges avec l’Europe. L’Italie, de son côté, reste l’une des grandes puissances automobiles du continent, avec des groupes et des équipementiers dont la présence internationale est considérable.
Le Forum de Tunis, rendez-vous clé de juin 2026
L’un des résultats tangibles de cette séance de travail est la confirmation de la participation institutionnelle de l’ANFIA à deux événements économiques majeurs prévus à Tunis : le Forum d’affaires tuniso-italien et le Forum de l’investissement en Tunisie, qui se tiendront les 24, 25 et 26 juin 2026. Ces deux rendez-vous sont appelés à jouer le rôle de plateforme de mise en relation directe entre chefs d’entreprise tunisiens et italiens.
Au-delà de la présence institutionnelle de l’association, ses membres seront activement encouragés à y participer. Cette mobilisation collective de l’industrie automobile italienne autour de ces forums traduit un intérêt croissant pour les opportunités qu’offre le marché tunisien. Pour Tunis, accueillir l’ANFIA dans ce cadre représente une caution industrielle non négligeable, susceptible de crédibiliser l’offre tunisienne aux yeux des investisseurs italiens.
Ces forums s’inscrivent dans une stratégie plus large de la diplomatie économique tunisienne, qui cherche à multiplier les occasions de dialogue direct entre entrepreneurs des deux pays, en court-circuitant les lourdeurs administratives pour favoriser des connexions business concrètes. La présence de l’ANFIA, organisation reconnue et influente dans l’écosystème automobile européen, devrait donner une dimension supplémentaire à ces rencontres.
Des échanges BtoB pour consolider les liens entre entreprises
Les discussions entre l’ambassade de Tunisie et l’ANFIA ont également débouché sur un projet de mission d’affaires tunisienne en Italie, organisée en partenariat avec le Centre de promotion des exportations (CEPEX). La destination choisie est significative : le Piémont, région du nord-ouest de l’Italie qui abrite l’un des principaux clusters industriels automobiles du pays, notamment autour de Turin, berceau historique du constructeur Fiat devenu Stellantis.
Cette mission prévoit l’organisation d’une journée économique dédiée à la mise en valeur des capacités industrielles tunisiennes dans l’automobile, suivie de rencontres d’affaires bilatérales en format BtoB. Ce type d’événement, privilégiant les échanges directs entre dirigeants d’entreprises, est reconnu comme l’un des leviers les plus efficaces pour concrétiser des partenariats et déboucher sur des contrats ou des accords de coopération industrielle.
Le choix du Piémont n’est pas anodin. Cette région concentre un tissu dense de sous-traitants, d’équipementiers et de prestataires de services liés à l’automobile, dont certains cherchent précisément à diversifier leur base de production ou à nouer des partenariats avec des acteurs étrangers à moindre coût. La Tunisie, avec ses zones industrielles développées et sa proximité avec l’Europe, se positionne comme une alternative crédible pour ces entreprises.
Un secteur stratégique pour les deux économies
Le choix du secteur automobile comme terrain d’expérimentation de ce rapprochement tuniso-italien n’est pas le fruit du hasard. Pour la Tunisie, l’industrie automobile représente un levier de diversification économique important. Le pays a engagé des efforts pour attirer des investisseurs étrangers dans ce secteur, en misant sur la formation professionnelle, le développement d’infrastructures industrielles et l’amélioration du cadre réglementaire pour les entreprises étrangères.
Du côté italien, les entreprises du secteur font face à une transformation profonde de leur modèle industriel, avec la montée en puissance de la mobilité électrique et les pressions sur les coûts de production. Dans ce contexte, des partenariats avec des pays du sud de la Méditerranée, offrant des coûts compétitifs et une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée, s’inscrivent dans une logique de réorganisation des chaînes de valeur.
La coopération entre l’ambassade de Tunisie à Rome et l’ANFIA illustre également la montée en puissance de la diplomatie économique dans les relations bilatérales entre les deux pays. En mobilisant les acteurs institutionnels et associatifs des deux côtés, cette démarche cherche à créer un écosystème favorable aux investissements croisés, au-delà des seules relations gouvernementales.
L’implication du CEPEX dans l’organisation de la mission en Piémont souligne par ailleurs la volonté tunisienne de professionnaliser sa démarche de promotion des exportations et d’attirance des investissements. Cet organisme public joue un rôle croissant dans la mise en relation des entreprises tunisiennes avec leurs homologues étrangères, et son partenariat avec l’ambassade sur ce dossier automobile témoigne d’une coordination renforcée entre les différentes composantes de l’appareil économique tunisien à l’étranger.
