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Le Canada et la Tunisie resserrent leurs liens parlementaires

- Culture
10 mai 2026
culture tunisie - Tunisia Times

Francis Scarpaleggia, président de la Chambre des communes du Canada, a posé le pied sur le sol tunisien ce dimanche pour une visite officielle de quatre jours, du 10 au 13 mai 2025. Son déplacement intervient à l’invitation de Brahim Bouderbala, président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), dans un contexte où Tunis et Ottawa cherchent à donner un nouveau souffle à leur partenariat bilatéral.

Une visite au cœur de la diplomatie parlementaire

La diplomatie parlementaire occupe une place croissante dans les relations entre États, et cette visite en est une illustration concrète. En accueillant le président de la chambre basse canadienne, l’ARP affirme sa volonté de diversifier ses canaux de dialogue institutionnel avec des partenaires de premier plan. Le Canada, membre du G7 et acteur influent sur la scène internationale, représente un interlocuteur de poids pour la Tunisie, notamment sur les questions de gouvernance démocratique et de coopération législative.

Francis Scarpaleggia, élu dans la circonscription québécoise de Lac-Saint-Louis, dirige la Chambre des communes depuis 2025. Sa venue à Tunis traduit l’intérêt d’Ottawa pour maintenir des liens solides avec les institutions tunisiennes, malgré les transformations politiques qu’a connues le pays ces dernières années. Selon les informations relayées par Radio RTCI, ce déplacement officiel vise explicitement à consolider les relations entre les deux assemblées législatives, au-delà des simples échanges diplomatiques traditionnels.

Le choix du mois de mai pour cette visite n’est pas anodin. Le contexte régional, marqué par des enjeux migratoires, économiques et sécuritaires en Méditerranée, confère à ce type de rencontres une dimension stratégique supplémentaire. Les parlementaires des deux pays disposent ainsi d’une opportunité d’aborder des dossiers sensibles dans un cadre de confiance mutuelle, loin des contraintes protocolaires des sommets gouvernementaux.

Un partenariat bilatéral en quête de profondeur

Les relations entre la Tunisie et le Canada s’inscrivent dans une histoire de coopération relativement ancienne, ponctuée d’accords dans les domaines de l’éducation, du développement économique et de la formation professionnelle. Des milliers de Tunisiens résident aujourd’hui au Canada, constituant une diaspora dynamique qui entretient des liens forts avec leur pays d’origine. Ce tissu humain forme un pont naturel entre les deux sociétés, et les institutions parlementaires ont un rôle à jouer pour en capitaliser le potentiel.

La visite de Scarpaleggia s’inscrit précisément dans cette logique de renforcement des ponts institutionnels. Les échanges prévus entre les délégations des deux assemblées devraient porter sur plusieurs axes de coopération, allant du partage d’expériences législatives à l’exploration de nouveaux cadres de partenariat. L’ARP, qui traverse elle-même une période de redéfinition de son rôle constitutionnel depuis l’adoption de la Constitution de 2022, pourrait trouver dans ce dialogue un espace de réflexion sur les meilleures pratiques parlementaires.

Du côté canadien, l’intérêt pour la Tunisie dépasse le cadre strictement bilatéral. Ottawa suit de près les évolutions politiques dans le monde arabe et méditerranéen, et maintient des relations actives avec plusieurs pays de la région. La Tunisie, souvent présentée comme un cas particulier dans la région en raison de son parcours post-2011, continue d’attirer l’attention des démocraties occidentales, même si les appréciations sur sa trajectoire politique récente divergent selon les capitales.

Bouderbala et Scarpaleggia : deux institutions en dialogue

La rencontre entre Brahim Bouderbala et Francis Scarpaleggia symbolise le dialogue direct entre deux présidents de chambre législative, un format de diplomatie parlementaire qui a l’avantage de la franchise et de la souplesse. Contrairement aux visites d’État, ces échanges permettent d’aborder des sujets techniques liés au fonctionnement des institutions, à la législation comparée ou encore aux mécanismes de contrôle de l’exécutif.

Brahim Bouderbala, à la tête de l’ARP depuis fin 2022, a multiplié les contacts avec ses homologues étrangers depuis sa prise de fonctions. Ces rencontres participent à l’effort de légitimation internationale des institutions tunisiennes issues du processus politique engagé sous l’impulsion du président Kaïs Saïed. Recevoir le président de la Chambre des communes canadienne constitue, dans ce contexte, un signal de reconnaissance institutionnelle que Tunis ne peut que valoriser.

Pour Francis Scarpaleggia, ce déplacement en Tunisie s’inscrit probablement dans un agenda plus large de tournée diplomatique en Afrique du Nord ou en Méditerranée. Le Canada, qui préside actuellement le G7, porte une attention particulière à la stabilité des régions voisines de l’Europe, conscient que les dynamiques migratoires, énergétiques et sécuritaires qui s’y jouent ont des répercussions directes sur ses alliés européens et, par ricochet, sur ses propres intérêts stratégiques.

Le programme de la visite, qui s’étend sur quatre jours, laisse supposer que les échanges iront au-delà des simples réunions protocolaires. Des rencontres avec d’autres responsables tunisiens, des visites de sites institutionnels ou encore des discussions thématiques pourraient figurer à l’agenda, même si les détails précis du programme n’ont pas encore été rendus publics par les deux parties au moment de la publication de cet article par RTCI.

Cette dynamique de rapprochement parlementaire entre Tunis et Ottawa mérite d’être suivie de près. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de repositionnement diplomatique de la Tunisie, qui cherche à diversifier ses partenariats à un moment où ses relations avec certains partenaires traditionnels européens traversent des phases de tension ou de redéfinition. Le Canada, avec sa tradition de multilatéralisme et son positionnement nuancé sur les questions de démocratie et de droits, représente un partenaire dont la Tunisie peut attendre un engagement constructif plutôt que condescendant.