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Tunisie : 270 000 points lumineux passent au LED dans le public

- Politique
10 mai 2026
politique tunisie - Tunisia Times

La Tunisie avance concrètement sur le chantier de l’efficacité énergétique dans ses bâtiments publics. À mi-parcours, le programme national de remplacement des systèmes d’éclairage conventionnels par des équipements LED affiche des résultats tangibles : la moitié des objectifs initialement fixés est déjà atteinte, selon les chiffres publiés par l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME). Un signal encourageant pour un pays qui cherche à réduire sa dépendance aux importations énergétiques tout en modernisant son parc immobilier public.

Un chantier de grande envergure piloté par l’ANME

Le programme porte sur le remplacement de 270 000 points lumineux répartis au sein de 140 grands établissements publics à travers le territoire national. Supervisé par l’ANME, ce projet s’inscrit dans une démarche plus large de rationalisation des dépenses de l’État et de modernisation des infrastructures administratives. À ce jour, la moitié du travail est accomplie, ce qui représente une avancée significative dans un calendrier qui demeure ambitieux.

La technologie LED, dont le coût a fortement baissé ces dernières années à l’échelle mondiale, s’impose comme la solution privilégiée pour réduire la consommation électrique des bâtiments sans sacrifier la qualité de l’éclairage. Par rapport aux lampes fluorescentes ou aux ampoules à incandescence encore présentes dans de nombreuses administrations tunisiennes, les équipements LED permettent des économies d’énergie pouvant atteindre 60 à 70 % selon les configurations. Les 140 institutions ciblées bénéficient ainsi d’une mise à niveau technique qui dépasse la simple question de l’ampoule : c’est l’ensemble du système d’éclairage qui est repensé.

L’ANME, qui assure le suivi opérationnel et technique du programme, a communiqué sur l’avancement via sa page officielle, soulignant que les établissements déjà transformés enregistrent une amélioration mesurable de leur efficacité énergétique. Ces données alimentent également le pilotage stratégique du programme, permettant d’ajuster les priorités d’intervention pour les prochaines phases.

Des retombées économiques et environnementales mesurables

Les bénéfices attendus à l’issue du programme sont de deux ordres : financiers et climatiques. Sur le plan des émissions de gaz à effet de serre, l’achèvement total du remplacement devrait se traduire par une réduction d’environ 6 000 tonnes de CO2 par an. Ce chiffre, rapporté à l’échelle d’un seul secteur — l’éclairage public institutionnel — illustre l’ampleur du levier que représente l’efficacité énergétique dans la politique climatique tunisienne.

La Tunisie s’est engagée sur la scène internationale à réduire ses émissions carbone, notamment dans le cadre de ses contributions déterminées au niveau national (CDN) soumises dans le contexte de l’Accord de Paris. Le programme LED constitue l’un des leviers concrets permettant d’honorer ces engagements sans recourir uniquement aux énergies renouvelables, dont le déploiement à grande échelle nécessite davantage de temps et d’investissements.

Sur le plan financier, la réduction de la consommation électrique dans les institutions publiques produit un effet direct sur les budgets de fonctionnement de ces établissements. Moins d’électricité consommée, c’est moins de factures à régler — et pour l’État, c’est aussi une pression moindre sur les mécanismes de subvention du secteur énergétique, dont le coût représente une part non négligeable des dépenses publiques. Dans un contexte de contrainte budgétaire persistante, cette dimension économique confère au programme une utilité qui dépasse la seule logique environnementale.

Un effet de levier sur les subventions énergétiques

La question des subventions à l’énergie reste l’une des plus sensibles dans le débat sur les finances publiques tunisiennes. L’État continue de prendre en charge une partie du coût de l’électricité consommée par les administrations et les ménages, ce qui représente une charge structurelle sur le budget général. En réduisant la consommation des institutions publiques via des technologies plus sobres, le programme LED contribue indirectement à alléger cette pression sans passer par des hausses tarifaires socialement difficiles à absorber.

Cette logique d’efficacité avant tout — réduire la demande plutôt que d’augmenter l’offre — est au cœur de la stratégie nationale de transition énergétique portée par le gouvernement tunisien. Elle permet de dégager des marges de manœuvre budgétaires tout en préparant le terrain pour une transformation plus profonde du mix énergétique du pays.

Vers une stratégie nationale de transition énergétique à l’horizon 2030

Le programme de remplacement des éclairages LED n’est pas un projet isolé. Il s’intègre dans une politique nationale de transition énergétique dont les objectifs sont clairement définis : réduire de 30 % la consommation d’énergie primaire et porter la part des énergies renouvelables à 35 % de la production électrique nationale d’ici 2030. Ces deux cibles structurent l’ensemble des initiatives portées par l’ANME et les différents ministères impliqués dans la transformation du secteur énergétique.

La stratégie repose sur trois piliers complémentaires. Le premier est l’efficacité énergétique — dont le programme LED est une illustration directe — qui vise à réduire la demande globale d’énergie sans affecter les niveaux de service fournis aux citoyens et aux administrations. Le deuxième pilier est le développement de l’autoproduction d’électricité solaire, notamment à travers des installations photovoltaïques sur les toits des bâtiments publics et des zones industrielles. Le troisième axe concerne le financement de projets verts, qui implique de mobiliser des ressources publiques et privées — nationales et internationales — pour accélérer la transition.

Le recours croissant à des mécanismes de financement climatique, comme les obligations vertes ou les prêts concessionnels accordés par des bailleurs de fonds multilatéraux, est une piste que la Tunisie explore activement. Ces instruments permettent de financer des projets d’infrastructure énergétique à des conditions avantageuses, tout en répondant aux exigences de transparence et de mesure d’impact exigées par les partenaires internationaux.

L’efficacité énergétique comme priorité structurelle

L’accent mis sur l’efficacité énergétique plutôt que sur la seule augmentation des capacités de production reflète une prise de conscience que les ressources — financières, humaines et naturelles — disponibles pour la transition sont limitées. Optimiser l’usage de l’énergie existante est souvent moins coûteux et plus rapide à mettre en œuvre que de construire de nouvelles capacités. C’est dans cette logique que s’inscrit le programme LED : un investissement maîtrisé, aux retours mesurables, déployé progressivement dans des établissements publics où l’impact est directement visible.

Selon les données relayées par African Manager, l’ANME continue de suivre de près l’avancement du programme et d’en publier les résultats intermédiaires. La prochaine phase devra permettre d’atteindre les 270 000 points lumineux initialement visés, consolidant ainsi les acquis déjà enregistrés et ouvrant la voie à une extension éventuelle du dispositif à d’autres catégories d’établissements publics.