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Hazgui bloqué à Carthage : une interdiction de voyage vieille de 28 ans

- Politique
10 mai 2026
politique tunisie - Tunisia Times

À 82 ans, Ezzeddine Hazgui s’est retrouvé bloqué à l’Aéroport international de Tunis-Carthage dans la nuit du 9 au 10 mai 2026, empêché de prendre son vol avec son épouse. La raison invoquée par les agents de sécurité a de quoi surprendre : une interdiction de quitter le territoire qui remonterait à 1998, soit près de trois décennies. L’opposant tunisien a aussitôt réagi en publiant une vidéo sur les réseaux sociaux, dénonçant une mesure qu’il considère comme arbitraire et anachronique.

Une mesure de 1998 ressortie des archives

Selon les déclarations d’Ezzeddine Hazgui rapportées par Webmanagercenter, les services de sécurité présents à l’aéroport lui ont signifié l’existence d’une note d’interdiction de voyage émise en 1998. L’homme politique dit n’avoir reçu aucune explication supplémentaire quant aux motifs ayant conduit à la réactivation — ou à la simple application tardive — de cette mesure administrative vieille de vingt-huit ans.

Ce qui rend la situation encore plus difficile à justifier, selon lui, c’est qu’il a effectué plusieurs voyages à l’étranger au cours des dernières années. Il cite notamment des déplacements réalisés en 2017 et en 2018, sans qu’aucune restriction ne lui ait alors été opposée aux frontières. La résurgence soudaine de cette interdiction, précisément dans le contexte politique actuel, suscite des interrogations sur les conditions dans lesquelles elle a été remise en application.

Dans sa vidéo, Hazgui n’a pas caché son indignation face à ce qu’il décrit comme une décision injustifiable. Il a estimé que cette mesure dépasse largement son cadre administratif apparent et qu’elle s’inscrit dans une dynamique de pressions plus large exercée contre sa famille et les cercles proches de l’opposition tunisienne.

Le spectre de l’affaire Jaouhar Ben Mbarek

Ezzeddine Hazgui n’a pas manqué d’établir un lien direct entre son blocage à l’aéroport et l’incarcération de son fils, Jaouhar Ben Mbarek, figure connue du paysage politique tunisien et détenu depuis plusieurs mois. Pour le père, ces deux événements ne seraient pas le fruit du hasard, mais les manifestations d’une même volonté de faire pression sur une famille engagée dans l’opposition au pouvoir en place.

Jaouhar Ben Mbarek, cofondateur du mouvement Citoyens contre le coup d’État, a été arrêté dans le cadre d’une vague de poursuites judiciaires visant plusieurs personnalités politiques et militantes depuis 2023. Son emprisonnement avait déjà déclenché des réactions au sein de la société civile tunisienne et au-delà des frontières, notamment auprès d’organisations de défense des droits humains. Son père y voit désormais une prolongation des mêmes pressions, cette fois dirigées contre lui-même.

Cette lecture familiale et politique de l’incident aéroportuaire donne une dimension supplémentaire à l’affaire. Si l’interdiction de 1998 peut être interprétée comme un résidu administratif d’une époque révolue, sa soudaine application en 2026 — alors que Hazgui avait voyagé librement des années durant — interroge sur les décisions prises en coulisses.

Une vague de réactions sur les réseaux sociaux

La vidéo publiée par Ezzeddine Hazgui a rapidement circulé sur les plateformes numériques, suscitant une avalanche de commentaires et de partages. Nombreux sont les internautes tunisiens qui ont exprimé leur solidarité avec l’opposant, voyant dans cet épisode un indicateur supplémentaire du resserrement de l’espace accordé aux voix dissidentes en Tunisie.

Pour une partie des observateurs, l’incident s’inscrit dans une série de mesures touchant des figures de l’opposition ou leurs proches depuis quelques années. Interdictions de voyage, convocations judiciaires, arrestations préventives : le recours à ces instruments contre des personnalités politiques ou des membres de leur entourage est régulièrement documenté par des organisations telles qu’Amnesty International ou Human Rights Watch.

D’autres internautes ont mis en avant le caractère symbolique de l’interdiction elle-même : née sous l’ère Ben Ali, remise au goût du jour sous une autre configuration politique, elle illustre selon eux la persistance de certaines pratiques autoritaires indépendamment des régimes qui se succèdent. Le débat, relancé par la vidéo de Hazgui, dépasse ainsi la situation personnelle de l’intéressé pour toucher à des questions plus fondamentales sur l’état des libertés publiques en Tunisie.

À l’heure où cet article est rédigé, aucune réaction officielle des autorités tunisiennes n’a été rendue publique pour expliquer les conditions de ce blocage à l’aéroport de Tunis-Carthage ni pour justifier le recours à une mesure administrative datant de près de trois décennies. L’affaire Hazgui reste donc en suspens, portée par la seule parole de l’intéressé et amplifiée par les réseaux sociaux dans un contexte politique particulièrement tendu.