Le pavillon chinois de la 40e Foire internationale du livre de Tunis a réussi à capter l’attention d’un public varié tout au long de l’événement, qui s’est clôturé dimanche dans la capitale tunisienne. Des manuels linguistiques aux essais universitaires, en passant par la littérature jeunesse, l’offre éditoriale proposée en chinois, en arabe et en français a drainé une affluence constante depuis l’ouverture du salon le 23 avril.
Des visiteurs en quête de comprendre la Chine par les livres
Dans les allées du pavillon, les profils des visiteurs révèlent une curiosité diverse et sincère. Kalthoum, aperçue en train de parcourir méthodiquement un manuel d’apprentissage du chinois, raconte une histoire de retrouvailles avec une langue qu’elle n’avait pas pratiquée depuis plus de dix ans. « La dernière fois que j’ai côtoyé la langue chinoise, c’était au collège, il y a plus de dix ans. J’aime toujours autant cette langue », confie-t-elle, visiblement touchée par ce retour aux sources.
Non loin d’elle, Hela Maarouf, étudiante en master de relations internationales, s’est attardée sur les rayons consacrés à la théorie politique et aux dynamiques de développement de la République populaire de Chine. Pour elle, la lecture reste le meilleur outil pour appréhender la trajectoire d’un pays dont le poids sur la scène internationale ne cesse de croître. « Comprendre le développement de la Chine par la lecture est indispensable », affirme-t-elle, ajoutant qu’elle nourrit l’espoir de se rendre un jour en Chine pour y découvrir par elle-même une société qu’elle qualifie d’ouverte sur le monde.
Ces témoignages illustrent une tendance plus large : au-delà des relations diplomatiques et économiques sino-tunisiennes, c’est un intérêt culturel et intellectuel qui se dessine parmi les jeunes générations tunisiennes. La responsable du pavillon, Samah Abdelkader, confirme cet engouement en chiffres : plusieurs centaines d’ouvrages ont trouvé preneur, avec une demande particulièrement forte pour les livres bilingues destinés aux enfants, les méthodes de langue et les travaux académiques.
« L’apprentissage commence dès la petite enfance. N’est-ce pas là une preuve éclatante de l’attrait qu’exerce la langue chinoise ? », relève Samah Abdelkader, émue par le spectacle de parents guidant leurs enfants vers des albums illustrés en mandarin et en arabe. Elle souligne que les livres jouent un rôle de pont entre deux pays que des milliers de kilomètres séparent géographiquement, mais que la culture rapproche progressivement.
La jeunesse tunisienne, vecteur d’un intérêt grandissant pour la civilisation chinoise
Yacine Jbeli, directeur de l’institut tunisien « La Chine moderne et la fondation d’un nouveau monde », perçoit dans cette affluence juvénile un signal encourageant. Selon lui, le pavillon remplit une mission pédagogique en permettant aux visiteurs d’explorer une civilisation millénaire à travers un large éventail d’ouvrages. « Cela me réjouit profondément, car cela témoigne du fait que notre jeunesse dynamique tourne son regard vers la Chine », déclare-t-il, insistant sur le fait que la diversité thématique des titres présentés offre une vision globale et nuancée du pays.
Au-delà des ouvrages exposés, l’Institut Confucius de l’Université de Carthage a enrichi la programmation du pavillon avec des spectacles culturels et des ateliers participatifs, transformant l’espace en un lieu d’immersion vivante dans la culture chinoise. Cette dimension interactive a visiblement séduit les visiteurs, nombreux à s’arrêter pour observer, voire participer aux démonstrations proposées.
La calligraphie chinoise, entre art et philosophie
L’un des moments les plus remarqués de cette édition a été la prestation de Nourine Ridène, étudiante à l’Institut Confucius. Vêtue d’un hanfu, la tenue traditionnelle chinoise aux longues draperies colorées, elle a exécuté devant le public une calligraphie représentant l’expression « Ping An Xi Le », que l’on peut traduire par « paix et joie ». La scène a suscité une vive curiosité parmi les passants, dont certains ont saisi le pinceau à leur tour pour s’initier à cet art ancestral.
« Chaque trait exige de la patience. C’est un processus de culture de l’esprit et du corps », explique Nourine Ridène, qui voit dans cet exercice bien plus qu’une simple démonstration artistique. Pour elle, la calligraphie est une invitation au ralentissement et à la concentration, des valeurs qu’elle espère transmettre à ceux qui s’y essaient. « J’espère que chacun pourra en découvrir le charme à travers cette expérience », ajoute-t-elle.
Ces animations ont contribué à créer une atmosphère singulière au sein du salon du livre, transformant le pavillon chinois en un espace de dialogue interculturel spontané. Loin de se limiter à la présentation commerciale de titres, la participation chinoise à cette 40e édition a su mêler transmission du savoir, découverte linguistique et expression artistique, autant d’axes qui résonnent avec les aspirations d’un public tunisien en quête d’ouverture sur le monde.
Un rayonnement culturel qui s’inscrit dans une dynamique bilatérale
La présence remarquée de la Chine à la Foire internationale du livre de Tunis s’inscrit dans un contexte de renforcement progressif des liens entre les deux pays, notamment dans les domaines de l’éducation, de la culture et de la coopération économique. La multiplication des apprenants de mandarin en Tunisie, portée notamment par les activités de l’Institut Confucius de Carthage, témoigne d’une demande réelle qui dépasse le cadre des seules relations institutionnelles.
Pour Samah Abdelkader, la foire est chaque année l’occasion de mesurer concrètement cet intérêt. Les files de visiteurs devant le pavillon, les discussions animées autour des ouvrages et les carnets de calligraphie remplis de premiers essais maladroits mais entousiastes traduisent, selon elle, une curiosité authentique pour une culture que beaucoup découvrent encore. La 40e édition du salon du livre de Tunis aura ainsi confirmé que la diplomatie culturelle sino-tunisienne passe aussi, et peut-être surtout, par les pages d’un livre.
