La Faculté des sciences de Tunis a vibré ce jeudi 7 mai 2026 au rythme d’une journée scientifique dédiée à l’hydrogène vert. L’amphithéâtre Ali Hili, habituellement réservé aux cours magistraux, s’est transformé en espace de débat et d’échanges, accueillant une assistance dense composée d’enseignants, de chercheurs, d’industriels, de doctorants et d’étudiants. La mobilisation observée dès les premières heures du matin traduit une réalité désormais bien ancrée dans le paysage académique tunisien : les technologies énergétiques propres captivent une nouvelle génération de scientifiques.
Une rencontre scientifique portée par plusieurs institutions
L’organisation de cet événement repose sur une coalition d’acteurs académiques et de recherche rarement réunis sous un même toit. L’association Osiris a pris l’initiative du projet, en s’appuyant sur des partenaires de premier plan : l’Université de Tunis El Manar, l’Université de Carthage, la Faculté des sciences de Tunis et le Centre de recherches et des technologies de l’énergie, connu sous le sigle CRTEn. Ce cadre partenarial a permis de rassembler des compétences variées autour d’un programme couvrant plusieurs axes techniques : production et stockage de l’hydrogène, matériaux avancés, piles à combustible et applications dans le secteur industriel.
La forte présence de jeunes chercheurs et d’étudiants n’est pas anodine. Elle reflète une appétence réelle pour les questions énergétiques dans les cursus scientifiques tunisiens, à un moment où la transition vers des économies bas carbone redessine les priorités de la recherche à l’échelle mondiale. Selon Business News, qui a couvert l’événement, la salle affichait complet dès l’ouverture des travaux, un signal fort quant à l’intérêt que suscite cette filière dans le milieu universitaire local.
L’hydrogène vert : comprendre une technologie au cœur des débats énergétiques
Pour saisir les enjeux de cette journée, il faut revenir sur ce que recouvre précisément la notion d’hydrogène vert. L’hydrogène est l’élément le plus répandu dans l’univers, mais il n’existe quasiment jamais sous forme isolée dans la nature terrestre. Sa production nécessite donc un processus de séparation à partir d’autres composés chimiques. C’est ici que la distinction entre les différentes couleurs d’hydrogène prend tout son sens.
L’hydrogène qualifié de « gris » est aujourd’hui dominant dans l’industrie mondiale : il est obtenu à partir de combustibles fossiles, principalement le gaz naturel, via un procédé qui libère d’importantes quantités de CO2. À l’opposé, l’hydrogène vert repose sur l’électrolyse de l’eau — une technique qui consiste à dissocier les molécules d’eau en hydrogène et en oxygène — en alimentant ce processus exclusivement avec de l’électricité produite par des sources renouvelables comme le solaire ou l’éolien. Le bilan carbone de cette méthode est quasi nul, ce qui en fait une option stratégique pour réduire les émissions des secteurs les plus difficiles à décarboner.
Parmi les secteurs visés figurent l’industrie lourde, le transport maritime longue distance, l’aviation et le stockage d’énergie à grande échelle. Ces domaines, structurellement dépendants des énergies fossiles, peinent à s’électrifier directement. L’hydrogène vert apparaît alors comme un vecteur énergétique de substitution, capable de transporter et de stocker de l’énergie propre sous une forme chimiquement stable.
La Tunisie face à une opportunité stratégique à saisir
Pour la Tunisie, la thématique de l’hydrogène vert n’est pas seulement académique. Elle touche à des enjeux économiques et géopolitiques concrets. Le pays importe une part significative de ses besoins en énergie, une dépendance qui pèse sur sa balance commerciale et expose son économie à la volatilité des marchés internationaux des hydrocarbures. Dans ce contexte, le développement de filières énergétiques locales fondées sur les ressources renouvelables représente un levier de souveraineté économique.
La géographie joue en faveur de la Tunisie. Le pays bénéficie d’un ensoleillement parmi les plus généreux du bassin méditerranéen, avec un potentiel solaire estimé parmi les plus élevés du continent africain. Ce capital naturel, combiné à une position maritime privilégiée entre l’Afrique du Nord et l’Europe méridionale, place la Tunisie dans une configuration potentiellement favorable pour produire de l’hydrogène vert à des coûts compétitifs et l’exporter vers des marchés européens engagés dans des stratégies ambitieuses de décarbonation.
L’Union européenne, en particulier, cherche activement à diversifier ses sources d’approvisionnement en hydrogène vert pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles russes et atteindre ses objectifs climatiques à l’horizon 2050. Plusieurs pays du Maghreb, dont la Tunisie, figurent dans les scénarios prospectifs comme des fournisseurs potentiels de ce carburant du futur, que ce soit sous forme gazeuse ou via des dérivés comme l’ammoniac vert.
Mais pour concrétiser cette ambition, plusieurs conditions doivent être réunies : un cadre réglementaire clair, des investissements massifs dans les infrastructures d’électrolyse et de transport, ainsi qu’un capital humain formé aux spécificités de cette filière encore jeune. C’est précisément dans cette logique que s’inscrit la journée scientifique du 7 mai à la Faculté des sciences de Tunis : construire des ponts entre la recherche fondamentale, l’innovation appliquée et les acteurs industriels susceptibles de porter des projets à l’échelle opérationnelle.
La mobilisation observée à Tunis ce jeudi illustre ainsi l’émergence progressive d’un écosystème local autour de l’hydrogène vert, porté par des institutions académiques, des centres de recherche et une communauté scientifique qui perçoit dans cette technologie une opportunité réelle pour repositionner la Tunisie dans la cartographie énergétique de demain.
