Les propos de l’amiral Nicolas Vaujour sur Ormuz lors du forum Guerres & Paix ont ému jusqu’en Chine, où ils ont parfois été interprétés comme un appel direct à Pékin à s’engager davantage.
Quelques mots prononcés mercredi 1er avril au soir par le chef d’état-major de la marine (CEMM), l’amiral Nicolas Vaujour, en clôture du forum Guerres & Paix organisé par Le Point à Paris, ont immédiatement été traduits en anglais et en chinois.
« Il va falloir probablement que la Chine vienne un peu plus dans le débat pour montrer son impatience sur le fait que le détroit (d’Ormuz, NDLR) est toujours fermé », a-t-il déclaré, précisant immédiatement que cela ne concerne « pas que la Chine », car « beaucoup de pays asiatiques sont directement concernés ». Une déclaration qui intervenait quelques heures avant le discours de Donald Trump annonçant encore « deux à trois » semaines de frappes en Iran, donc un maintien des tensions autour du détroit d’Ormuz.
Plusieurs médias chinois ont traduit sans délai les propos du CEMM, en oubliant parfois les nuances et la seconde partie de la citation qui précise que Pékin n’est pas seule concernée. Reuters a de son côté diffusé une dépêche, avec une formulation affirmative : « la Chine devra s’engager plus dans les discussions sur le détroit d’Ormuz », a écrit mercredi soir l’agence de presse britannique en attribuant cette phrase au patron de la flotte française. Ainsi, l’analyse de l’amiral Vaujour a été transformée en appel à la marine chinoise.
Pas de renforts chinois dans la région
Quelques secondes plus tôt dans la conférence, l’amiral a introduit sa pensée : « 80 % (du trafic commercial du détroit d’Ormuz, NDLR) va vers l’Asie : la Chine est particulièrement concernée, le Japon et d’autres sont particulièrement dépendants de l’approvisionnement pétrolier qui passe par le détroit d’Ormuz. » « Nous n’avons pas vu une dynamique de la marine militaire chinoise se mettre en place pour rouvrir » le détroit, a-t-il observé. « Il y a des dialogues politiques entre la Chine et l’Iran pour faire en sorte qu’un certain nombre de bateaux puissent passer aujourd’hui. Est-ce que ce sera suffisant pour revenir à un flux normal ? Je ne le crois pas », a-t-il ajouté.
« C’est bien l’initiative de la France d’essayer de rassembler un certain nombre de pays autour de la table, d’abord au niveau politique », afin de définir « les conditions dans lesquelles nous pouvons rouvrir de manière durable le détroit d’Ormuz », a-t-il aussi expliqué, évoquant « une initiative qui est d’abord politique ». Le CEMM, comme tous les chefs militaires français, ne peut s’aventurer sur le terrain politique, encore moins lancer une initiative diplomatique. Il s’est donc placé, en évoquant la démarche officielle française, dans la ligne de l’Élysée et du Quai d’Orsay.
L’insolente croissance de la flotte chinoise
L’amiral Vaujour a par ailleurs détaillé sa lecture de la stratégie navale chinoise, estimant que leur marine a deux missions : la protection de « leur zone proche, donc la mer de Chine » et « la protection de l’approvisionnement maritime ». « Ce sont les fameuses routes de la soie qui sécurisent la récupération de l’ensemble des terres rares et des ressources dont ils ont besoin pour faire prospérer leur économie », a jugé le CEMM, ajoutant que « l’économie chinoise a besoin de 5 % de croissance par an. S’ils n’ont pas ces matières premières, ils sont en difficulté. Ils ont donc sécurisé ces approvisionnements en allant de plus en plus loin avec des bateaux de guerre ».
Pour lui, la marine chinoise connaît « un développement exponentiel, avec des capacités de production incroyables », néanmoins « leurs savoir-faire ne progressent pas vraiment avec la même rapidité ». En cause, le manque de partenaires de confiance avec lesquels mener des exercices de grande ampleur. « C’est pour cela, explique l’amiral Vaujour, que l’on voit en mer de Chine méridionale par exemple des modes d’action chinois qui ressemblent à ceux de la marine à voile », évoquant « des navires qui éperonnent des gardes-côtes philippins ».
Toutefois, certains indicateurs sont au vert pour la puissance navale chinoise : « leurs porte-avions sont désormais capables d’opérer en eaux libres, sans terrain de déroutement » pour les avions, note l’amiral Vaujour, ce qui peut indiquer que la confiance dans les pilotes et la fiabilité des appareils sont suffisantes, ou que le niveau d’acceptation du risque qu’un pilote ne revienne pas est différent des normes occidentales.
L’intervention complète de l’amiral Nicolas Vaujour au forum Guerres & Paix du Point le 1er avril 2026 est disponible via ce lien.

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