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Tunisie : l’ONH lance un appel d’offres pour 6 000 t d’huiles végétales

- Autos
8 mai 2026
auto tunisie - Tunisia Times

L’Office national de l’huile (ONH) a déclenché une procédure d’appel d’offres international en vue d’acquérir jusqu’à 6 000 tonnes d’huiles végétales. Cette initiative, rendue publique mardi, s’inscrit dans la stratégie d’approvisionnement du pays pour répondre aux besoins du marché intérieur, dans un contexte où la gestion des stocks alimentaires reste une priorité pour les autorités tunisiennes.

Un appel d’offres international pour sécuriser l’approvisionnement en huiles végétales

L’ONH, établissement public placé sous la tutelle du ministère du Commerce, joue un rôle central dans la régulation du marché des corps gras en Tunisie. En lançant cet appel d’offres, l’office cherche à couvrir une part significative des besoins nationaux en huiles alimentaires, un produit de première nécessité dont la disponibilité et le prix sont étroitement surveillés par les consommateurs tunisiens.

Le volume visé, pouvant atteindre 6 000 tonnes, représente une commande substantielle sur le marché mondial des huiles végétales. Ces huiles, qui peuvent inclure différentes variétés selon les lots retenus, sont destinées à alimenter les circuits de distribution locaux. L’appel d’offres à caractère international permet à l’ONH de solliciter des fournisseurs étrangers capables de proposer des conditions compétitives, tant sur le plan tarifaire que logistique.

Cette démarche intervient alors que les prix des matières premières agricoles, y compris les huiles végétales, ont connu des fluctuations notables ces dernières années sur les marchés mondiaux. La guerre en Ukraine, les aléas climatiques affectant les principaux pays producteurs de palme ou de tournesol, ainsi que les tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales ont contribué à rendre les achats publics plus complexes et plus stratégiques.

L’ONH face aux défis structurels du marché des huiles en Tunisie

La Tunisie est traditionnellement connue pour sa production d’huile d’olive, dont elle est l’un des premiers exportateurs mondiaux. Paradoxalement, le pays doit néanmoins importer des quantités considérables d’huiles végétales dites « de table » — notamment l’huile de soja, l’huile de tournesol ou l’huile de palme — pour satisfaire la consommation quotidienne de sa population. La production locale d’huile d’olive, majoritairement orientée vers l’export en raison de sa valeur marchande élevée, ne suffit pas à couvrir l’ensemble des usages alimentaires domestiques.

Face à cette réalité structurelle, l’ONH est régulièrement amené à procéder à des importations groupées pour stabiliser les prix sur le marché de détail et éviter toute tension sur l’offre. Les subventions publiques appliquées à certaines huiles alimentaires renforcent encore davantage la nécessité d’une gestion rigoureuse des approvisionnements, puisque l’État supporte une partie du coût final supporté par le consommateur.

Selon les informations relayées par MSN, cet appel d’offres s’adresse à des fournisseurs internationaux, ce qui suppose des critères de sélection intégrant la qualité des produits, les délais de livraison, et bien entendu les prix proposés. Les soumissionnaires potentiels devront répondre aux spécifications techniques définies par l’ONH, qui fixe généralement des normes précises en matière de composition, d’acidité et de traçabilité des produits importés.

Un enjeu de souveraineté alimentaire

Au-delà de la simple transaction commerciale, cet appel d’offres soulève des questions plus larges liées à la souveraineté alimentaire de la Tunisie. Dans un pays où le pouvoir d’achat des ménages a été mis sous pression par l’inflation persistante et la dépréciation du dinar tunisien, garantir un approvisionnement suffisant en produits de base comme l’huile végétale relève d’un impératif social autant qu’économique.

Les pénuries ponctuelles observées ces dernières années sur certains produits subventionnés, dont l’huile alimentaire, ont mis en évidence la fragilité des circuits d’approvisionnement et la dépendance aux marchés extérieurs. Ces épisodes ont parfois alimenté des tensions dans les points de vente, poussant les autorités à renforcer les mécanismes de contrôle et d’anticipation des besoins.

L’approche par appel d’offres international permet à l’État tunisien de diversifier ses sources d’approvisionnement et de ne pas dépendre d’un fournisseur unique, ce qui constitue une garantie supplémentaire face aux risques géopolitiques ou logistiques. Cette stratégie d’achat groupé offre également un meilleur levier de négociation sur les prix, dans un marché mondial des huiles végétales où les volumes achetés influencent directement les conditions tarifaires.

Contexte mondial des huiles végétales : une équation complexe

Sur les marchés internationaux, le prix des huiles végétales demeure soumis à de multiples variables. La production de soja en Amérique du Sud, les récoltes de tournesol en mer Noire ou encore les politiques d’exportation des grands pays producteurs d’huile de palme comme l’Indonésie et la Malaisie ont une incidence directe sur les prix auxquels des pays importateurs comme la Tunisie peuvent s’approvisionner.

Ces derniers mois, une relative détente des prix a été observée sur certains segments, après les pics historiques atteints en 2022. Cette fenêtre d’opportunité peut expliquer, en partie, le moment choisi par l’ONH pour lancer cet appel d’offres, en cherchant à profiter de conditions de marché plus favorables pour reconstituer ou renforcer ses stocks.

La transparence du processus d’appel d’offres est également un élément important dans ce type de commande publique. En optant pour une procédure ouverte à l’international, l’ONH se conforme aux standards de bonne gouvernance et aux exigences de mise en concurrence qui permettent à l’État de justifier les dépenses engagées au regard des finances publiques nationales, elles-mêmes sous forte contrainte dans le cadre des discussions en cours avec les institutions financières internationales.

Les implications pour les opérateurs du secteur agroalimentaire tunisien

Pour les acteurs du secteur agroalimentaire tunisien — industriels, distributeurs et détaillants —, cet approvisionnement en huiles végétales importées revêt une importance opérationnelle directe. De nombreuses industries de transformation, qu’il s’agisse de la fabrication de produits de boulangerie, de conserveries ou d’autres segments de l’industrie alimentaire, dépendent de l’huile végétale comme intrant essentiel.

La régularité des livraisons et la stabilité des prix de gros conditionnent en grande partie la capacité de ces entreprises à planifier leur production et à maîtriser leurs coûts. Un approvisionnement public bien géré peut ainsi avoir un effet régulateur sur l’ensemble de la filière, en limitant les tensions inflationnistes en amont de la chaîne de valeur.

Les petits commerces et les épiceries de quartier, qui constituent le premier point de contact entre le produit et le consommateur final dans de nombreuses villes et villages tunisiens, sont également directement concernés par la disponibilité et le prix de l’huile végétale sur le marché de gros. Une offre stable et accessible contribue à maintenir la confiance des ménages dans la capacité des pouvoirs publics à assurer les approvisionnements en produits essentiels.