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Diplomatie tunisienne : hommage solennel aux anciens ambassadeurs

- Politique
9 mai 2026
politique tunisie - Tunisia Times

Quelques jours après les festivités marquant le 70e anniversaire du décret du 3 mai 1956 qui avait officiellement rétabli le ministère des Affaires étrangères tunisien, une cérémonie d’un autre genre s’est tenue ce samedi matin. Empreinte de recueillement et de gratitude, elle a réuni d’anciens diplomates, leurs familles et les plus hautes figures du corps diplomatique tunisien sous la bannière de l’Association des anciens ambassadeurs et consuls généraux. Une rencontre à la fois intime et symbolique, au cours de laquelle des écussons et des diplômes ont été décernés à des hommes et des femmes ayant consacré leur carrière au rayonnement de la Tunisie sur la scène internationale.

Une cérémonie familiale sous le signe de la mémoire diplomatique

C’est dans les locaux de l’Amicale des anciens diplômés du cycle supérieur de l’École nationale d’administration que s’est déroulée cette matinée commémorative. Les premières notes de l’hymne national ont ouvert les festivités, avant que Taoufik Jaber, président de l’Amicale et lui-même ancien ambassadeur, ne prenne la parole pour planter le décor. Il a rappelé que la diplomatie tunisienne est le fruit d’une vision fondatrice portée par des hommes profondément attachés à leur pays, convaincus que la voix de la Tunisie devait continuer à résonner dans les enceintes internationales avec modération, respect du droit et engagement sincère.

Taoufik Jaber a également insisté sur une idée forte : la diplomatie, en tant que service rendu à la nation, ne connaît pas d’âge de retraite. L’expérience cumulée par les anciens représente, selon lui, un capital collectif précieux qu’il convient de transmettre aux jeunes générations de diplomates qui prennent aujourd’hui le relais.

Hadi Ben Nasr, président de l’Association des anciens ambassadeurs et consuls généraux, a pour sa part mis en lumière la vocation profonde de cette cérémonie : rendre hommage à celles et ceux qui ont façonné, parfois dans l’ombre, le tissu des relations extérieures de la Tunisie. Il a retracé les origines de l’association, conçue dès sa création comme un pont entre les générations de diplomates et comme un espace de préservation de la mémoire institutionnelle du ministère des Affaires étrangères. La présence du ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, aux côtés de nombreux anciens ambassadeurs et hauts cadres du département, a conféré à l’événement une dimension officielle supplémentaire.

Ahmed Ounaïes retrace les racines profondes de la diplomatie tunisienne

Le moment le plus attendu de la matinée fut sans doute l’intervention de l’ancien ministre Ahmed Ounaïes. Dans un exposé à la fois rigoureux et passionné, il a rappelé que la diplomatie tunisienne ne commence pas en 1956, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Ses racines plongent bien avant l’indépendance et même avant la colonisation française. Le premier département chargé des affaires extérieures de la Tunisie remonte en effet au règne d’Ahmed Bey I, qui gouverna le pays de 1837 à 1855. Cette précision historique n’est pas anodine : elle ancre la pratique diplomatique tunisienne dans une tradition séculaire, loin de la présenter comme une création ex nihilo de l’ère post-indépendance.

Ahmed Ounaïes a également rappelé que le décret du 3 mai 1956, dont on célèbre précisément cette année le 70e anniversaire, ne parle pas d’une création mais d’un rétablissement du ministère. Une nuance révélatrice. Nommé premier ministre le 11 avril 1956, Habib Bourguiba avait d’emblée pris en main, en plus de ses fonctions, les portefeuilles des Affaires étrangères et de la Défense nationale, signifiant ainsi l’importance stratégique qu’il accordait à la politique extérieure du jeune État tunisien.

L’ancien ministre a retracé avec précision les étapes ayant conduit à la mise en place complète de l’appareil diplomatique tunisien. Il a notamment évoqué le rôle fondamental joué par les bureaux tunisiens à l’étranger, créés bien avant l’indépendance par de grands militants nationalistes. Ces antennes, établies à Paris, Berlin, Bruxelles, Damas, au Caire, à Bagdad, à Jakarta, à New Delhi, à Karachi et à New York, constituaient les premiers jalons d’une politique étrangère autonome, portée par des hommes qui avaient compris que l’émancipation de la Tunisie passait aussi par la conquête des opinions et des chancelleries étrangères.

Écussons, diplômes et larmes : l’hommage aux disparus

Après ces interventions institutionnelles, la cérémonie a pris une tonalité plus personnelle et plus émouvante. Deux anciens ambassadeurs, Abdelmajid Baouab et Salem Fourati, ont livré des témoignages directs, mêlant souvenirs de carrière et anecdotes diplomatiques, offrant à l’assistance un aperçu vivant de ce que représente une vie au service de la représentation extérieure de la Tunisie.

Vint ensuite le temps des distinctions. Des écussons et des diplômes ont été remis, d’abord aux fondateurs de l’Association des anciens ambassadeurs et consuls généraux, puis à une longue liste d’anciens représentants diplomatiques, qu’ils soient encore en vie ou disparus. Pour ces derniers, ce sont leurs familles qui se sont avancées pour recevoir la distinction, accueillies par les applaudissements chaleureux d’une salle visiblement touchée. Ces moments de remise symbolique ont provoqué une émotion palpable dans l’assistance, composée d’anciens collègues, de proches et de représentants du ministère.

La cérémonie organisée par l’Association des anciens ambassadeurs et consuls généraux, telle que rapportée par Espacemanager, s’inscrit dans une démarche plus large de valorisation de la mémoire diplomatique tunisienne. À l’heure où la Tunisie cherche à réaffirmer son positionnement sur la scène internationale, la transmission des savoirs et des expériences accumulées par ces générations de diplomates représente un enjeu qui dépasse largement le cadre symbolique d’une cérémonie commémorative.