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Salon national du livre tunisien : 5e édition en octobre 2026

- Culture
6 mai 2026
culture tunisie - Tunisia Times

La Cité de la culture Chedly Klibi accueillera, du 23 octobre au 1er novembre 2026, la cinquième édition du Salon national du livre tunisien. Une annonce officielle du ministère des Affaires culturelles, rendue publique ce mercredi 6 mai 2026, confirme la tenue de cet événement qui s’est progressivement imposé comme un rendez-vous incontournable du paysage culturel tunisien. Dix jours de programmation au cœur de Tunis, au service du livre local et de ceux qui le font vivre.

Un événement ancré dans le calendrier culturel national

Depuis sa création, le Salon national du livre tunisien a su trouver sa place parmi les manifestations culturelles que le ministère des Affaires culturelles soutient et reconduit d’année en année. Cette cinquième édition témoigne d’une volonté institutionnelle de pérenniser l’événement, de lui donner une régularité et une visibilité qui dépassent le simple cadre d’une initiative ponctuelle.

Organisé à la Cité de la culture Chedly Klibi — un espace emblématique de la vie culturelle tunisoise, inauguré en 2019 et qui concentre plusieurs structures artistiques et intellectuelles sous un même toit —, le salon bénéficie d’un cadre à la hauteur de ses ambitions. Le choix de ce lieu n’est pas anodin : il reflète une conception du livre comme objet culturel à part entière, méritant d’être mis en scène dans un environnement dédié à la création et au partage des savoirs.

La date retenue, entre fin octobre et début novembre, s’inscrit également dans une logique de calendrier bien pensée. Cette période, marquée par le retour des activités scolaires et universitaires à plein régime, favorise une fréquentation diversifiée : étudiants, enseignants, professionnels du secteur éditorial et grand public peuvent se retrouver autour d’un programme commun. Réalités Magazine, qui a relayé l’annonce officielle, souligne que les détails de la programmation seront précisés dans les semaines à venir.

Le livre tunisien au centre des débats

La vocation première du Salon national du livre tunisien est claire : mettre en lumière la production éditoriale locale, souvent éclipsée par les grandes maisons d’édition étrangères sur le marché tunisien. Le secteur du livre en Tunisie fait face à des défis structurels connus — faiblesse des tirages, réseau de distribution insuffisant, accès limité à certaines régions de l’intérieur du pays — que ce type de manifestation contribue, au moins partiellement, à contourner en créant un espace de visibilité directe entre producteurs et lecteurs.

Auteurs, éditeurs, traducteurs, illustrateurs et libraires sont attendus autour d’un programme qui devrait mêler expositions, rencontres littéraires, débats thématiques et présentations de nouveautés. Ces formats permettent non seulement de commercialiser des ouvrages, mais aussi d’animer un dialogue autour des enjeux contemporains de la littérature et de l’édition tunisiennes : la question de la langue — arabe, français, dialecte tunisien —, la place de la femme dans la création littéraire, ou encore le rapport entre mémoire historique et fiction.

Le ministère des Affaires culturelles n’a pas encore dévoilé les thématiques centrales ni les invités qui marqueront cette édition. Cette réserve, habituelle à ce stade de la préparation, laisse toutefois entrevoir des annonces à venir susceptibles de susciter l’intérêt du public et des professionnels. Les éditions précédentes avaient accueilli des personnalités littéraires de premier plan et généré une fréquentation notable, consolidant la réputation du salon d’une année sur l’autre.

Un secteur éditorial en quête de dynamisme

Le contexte dans lequel s’inscrit cette cinquième édition mérite d’être rappelé. L’industrie du livre en Tunisie traverse une période de transformation, portée à la fois par l’émergence de jeunes maisons d’édition indépendantes et par les difficultés économiques qui pèsent sur l’ensemble de la chaîne, de l’imprimeur au libraire. Le prix du papier, les coûts d’impression et le pouvoir d’achat en berne constituent autant de freins à la diffusion d’une offre éditoriale plus large et plus accessible.

Dans ce contexte, un salon national dédié au livre tunisien remplit une fonction qui va bien au-delà de la simple vitrine commerciale. Il offre aux éditeurs indépendants une tribune qu’ils n’ont pas toujours les moyens de s’offrir autrement, et il permet aux auteurs — notamment ceux qui publient pour la première fois — de rencontrer directement leurs lecteurs potentiels, sans intermédiaire. Cette relation directe entre créateur et public constitue l’une des valeurs ajoutées les plus importantes de ce type d’événement.

Par ailleurs, le salon participe à la construction d’une identité éditoriale tunisienne cohérente, en rassemblant en un même lieu des productions qui reflètent la diversité de la société : littérature jeunesse, essais politiques ou économiques, poésie, romans historiques, bandes dessinées. Cette pluralité est un atout que les organisateurs ont intérêt à valoriser pour attirer un public plus large, au-delà des cercles habituellement acquis à la chose littéraire.

Le choix de maintenir l’événement à Tunis, à la Cité de la culture Chedly Klibi, soulève néanmoins une question récurrente dans le débat culturel tunisien : celle de la décentralisation. Si la capitale dispose d’infrastructures adaptées à ce type de manifestation, les régions intérieures restent souvent à l’écart des grandes initiatives culturelles nationales. Une réflexion sur des formats décentralisés ou des éditions itinérantes pourrait, à terme, renforcer l’impact du salon sur l’ensemble du territoire.

En attendant, c’est bien Tunis qui accueillera, à l’automne 2026, les amoureux du livre tunisien et les acteurs d’un secteur qui cherche à affirmer sa place dans un environnement culturel en pleine mutation. Les prochains mois seront déterminants pour préciser le contenu d’une édition que le ministère des Affaires culturelles semble vouloir marquer de son empreinte.