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Iman Saï, la marcheuse tunisienne qui vise les sommets mondiaux

- Tunisie
8 mai 2026
sport tunisie - Tunisia Times

À 19 ans à peine, Iman Saï s’impose comme l’une des figures les plus marquantes de l’athlétisme tunisien et africain. Détentrice du record du monde de la saison sur 5.000 mètres marche chez les moins de 20 ans, cette jeune athlète originaire de Sidi Bouzid accumule les titres et les chronos de référence, malgré des conditions d’entraînement loin d’être optimales. Son parcours, rapporté par La Presse de Tunisie, illustre une trajectoire rare dans une discipline exigeante, où la régularité et la rigueur physique s’imposent comme conditions sine qua non de la performance.

Un palmarès qui s’étoffe saison après saison

La marche athlétique est l’une des épreuves les plus contraignantes du programme mondial. Elle sollicite autant la résistance cardiovasculaire que la technique gestuelle, et requiert des cycles de préparation longs, souvent en altitude, pour atteindre des niveaux physiologiques compétitifs à l’échelle internationale. C’est dans ce contexte que le parcours d’Iman Saï prend toute sa dimension : sans bénéficier de stages à haute altitude ni de ressources financières conséquentes, elle a su construire, année après année, un palmarès qui force le respect.

Dès 2023, alors encore dans la catégorie des moins de 18 ans, elle s’adjuge le titre continental aux championnats d’Afrique juniors d’athlétisme à Ndola, en Zambie, sur 5.000 mètres marche, avec un chrono de 24’22”51. Dans la foulée, elle décroche l’or aux championnats arabes juniors en Oman, en 25’28”77, avant de clore la saison par un titre national dans sa catégorie d’âge.

L’année 2024 marque une nouvelle étape. Sur la piste du meeting African Challenge à Hammamet, elle s’impose sur 10 km marche sur route en 47’25”. Quelques semaines plus tard, elle bat le record national du 10.000 mètres marche des moins de 20 ans lors des championnats du monde juniors à Lima, au Pérou, en terminant douzième avec un temps de 46’34”44 — une performance d’autant plus remarquable qu’elle figurait parmi les plus jeunes athlètes du plateau.

En 2025, la progression se confirme avec une régularité saisissante. Aux championnats arabes d’Oran, en Algérie, elle décroche l’or sur 10.000 mètres marche en 45’39”55, établissant au passage un nouveau record national des moins de 20 ans. Aux championnats d’Afrique juniors et jeunes d’Abeokuta, au Nigeria, elle s’impose à nouveau sur la même distance en 48’54”54. Sur le plan national, elle remporte le titre du 10 km sur route junior en 50’47” et celui du 5.000 mètres marche en 22’18”18. La saison se conclut par un septième rang mondial dans sa catégorie, une position qui confirme son statut de prétendante sérieuse aux plus hautes distinctions.

Championne arabe 2026 et qualification pour Eugene

Le 27 avril 2026, Iman Saï a remporté la médaille d’or du 5.000 mètres marche aux championnats arabes d’athlétisme juniors organisés en Tunisie, avec un temps de 22’46”10. Une victoire sans réelle concurrence directe à son niveau, mais qui témoigne de sa domination persistante sur la scène arabe dans cette discipline.

Plus significative encore est sa double qualification pour les championnats du monde d’athlétisme juniors (moins de 20 ans), prévus à Eugene, dans l’Oregon aux États-Unis, du 5 au 9 août 2026. Elle y défendra ses chances sur le 5.000 mètres marche, une épreuve nouvellement introduite par World Athletics en remplacement du 10.000 mètres marche dans le programme juniors. Ce changement de format pourrait jouer en sa faveur : son record du monde de la saison sur cette distance, établi en 22 minutes, en fait l’une des athlètes les plus attendues de l’épreuve.

Cette qualification représente sa deuxième participation aux championnats du monde juniors, après Lima en 2024. L’expérience accumulée lors de ce premier rendez-vous mondial constitue un atout non négligeable pour aborder Eugene avec davantage de sérénité compétitive.

Une promesse olympique sous contraintes structurelles

Membre de l’association Sidi Bouzid Future Sports for Athletics, Iman Saï est encadrée par Fathi Aissaoui, sélectionneur national d’athlétisme. C’est sous sa direction que l’athlète a structuré sa progression, dans un contexte où les moyens alloués à la marche athlétique en Tunisie restent insuffisants au regard des ambitions sportives affichées.

La discipline exige notamment des séjours prolongés en altitude pour optimiser la capacité d’oxygénation du sang et améliorer l’endurance fondamentale. Ces stages, pratiqués systématiquement par les grandes nations de la marche comme le Mexique, l’Espagne ou la Chine, font encore défaut dans la préparation tunisienne. Que la jeune athlète parvienne malgré tout à figurer parmi les meilleures mondiales de sa catégorie soulève des interrogations légitimes sur ce qui serait possible avec des conditions d’encadrement et de financement à la hauteur de son potentiel.

Les prochaines échéances internationales, à commencer par Eugene en août 2026, seront déterminantes pour évaluer sa capacité à transformer ses performances en médailles sur la scène mondiale. Son profil — régularité des résultats, progression constante des chronos, polyvalence entre le 5.000 et le 10.000 mètres — en fait une candidate crédible non seulement pour le podium mondial junior, mais aussi pour les futures échéances olympiques, à l’horizon 2028 à Los Angeles puis 2032.

À l’image d’autres talents émergents du continent africain qui ont su s’imposer malgré des contraintes matérielles similaires, Iman Saï incarne une forme de résilience sportive qui dépasse le seul cadre de la performance chronométrique. Sa trajectoire est suivie avec attention par les observateurs de l’athlétisme tunisien, qui voient en elle l’une des rares athlètes nationales susceptibles de concourir pour une médaille lors des prochains Jeux olympiques.